Sébastien Sartori
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Admiratrices

    Bonjour,

La lettre qui suit est un devoir donné en classe à des élèves de seconde BEP, je n'ai rien censuré et retranscris les lettres telles que je les ai.

Sébastien Sartori (le professeur de français)

«Bonjour

Si je vous écris cette lettre, c'est pour vous dire que j'ai énormément d'admiration pour vous. Le prénom d'Élisabeth vous va à merveille et vos yeux sont si assortis à vos cheveux longs. Mon plus grand souhait serait de vous rencontrer afin que je puisse réaliser mon voeu. Je sais que vous avez beaucoup de travail et qu'il y a beaucoup d'admirateurs comme moi qui voudraient vous rencontrer.

Mais si vous pouviez me répondre, cela me ferait le plus grand plaisir.

J'espère que tout va bien pour vous, moi je vais très bien, je m'appelle Élodie, j'ai 16 ans et je suis lycéenne, je prépare un BEP vente.

Je vous le redis encore, vous êtes la meilleure et je suis la fan la plus comblée.

Élodie»

«Chère Sissi

Je vous écris cette petite lettre pour vous dire que je vous aime beaucoup. J'aime beaucoup les toilettes que vous portez, elles sont très belles.

Votre mère n'était pas très sympathique avec vous par rapport à votre père. Votre père était gentil avec vous et généreux. J'ai bien aimé votre mariage avec Frantz, il est très beau, même on peut dire magnifique. Est-il très gentil avec vous? Je sais que vous n'aimez pas Vienne, par contre vous adorez la Hongrie. Votre bébé est très beau. J'ai beaucoup de sentiment pour vous.

Émilie»



Cher Monsieur,

Je ne saurais dire à quel point les lettres de vos charmantes élèves m'ont fait plaisir. Leur admiration fait chaud au coeur, mais elles doivent savoir que j'ai présentement soixante ans, et que ma beauté n'est plus désormais qu'un souvenir, bien que mes cheveux soient encore très longs et que ma taille soit toujours aussi fine. J'aimerais répondre tout d'abord à Élodie que ce ne sont pas mes occupations, certes fort nombreuses, qui m'empêchent de rencontrer mes correspondantes, mais bien les deux siècles qui nous séparent! La façon dont j'arrive à communiquer avec les âmes du futur demeure pour moi un peu mystérieuse mais, ainsi que le disait si bien Napoléon, nous naissons, nous vivons et nous mourrons au milieu du merveilleux.

J'aimerais également répondre à Émilie qu'elle a probablement été trompée par les «films» (un mot de votre siècle!) qu'elle a vus à mon sujet. Mes rapports avec ma mère étaient bien meilleurs que ceux que j'ai pu avoir avec mon père, surtout à l'âge adulte. J'étais très proche de mon père durant mon enfance, mais lorsque j'ai connu des ennuis de santé, lorsque le mal de vivre m'a rongée jusqu'au fond de l'âme, c'est ma chère Mimi qui m'a apporté encouragements et réconfort, alors que mon père – le plus souvent absent – se montrait éminemment critique envers ses filles, et envers moi en particulier. Franz est très bon et était effectivement très beau lorsque je l'ai épousé. Malheureusement, l'histoire du coup-de-foudre-conte-de-fées a bel et bien été inventé par des gens désireux de présenter une belle histoire aux jeunes filles romantiques. Franz était amoureux fou de moi – et il l'est resté – alors que pour ma part, j'ai été emportée dans une sorte de tempête dans laquelle j'ai eu très peu à dire. La tendresse demeure, mais nous sommes bien loin de la légende rose. Mes quatre bébés étaient tous très beaux, mais je me souviendrai toujours particulièrement de ma petite Sophie; sans doute parce que je l'ai perdue trop tôt. Un souvenir tendre et douloureux à la fois.

Amicalement,

Élisabeth