Admiration
       

       
         
         

Laurianne

      Chère Majesté,

Je me permets de me joindre à cette petite discussion car je viens de lire il y a peu de temps un livre sur vous et je suis admirative de vous!

Est-il vrai que votre taille faisait 50 cm et que vous étiez anorexique? Insomniaque? Que vous faisiez tout pour embêter votre belle-mère?

C'est honteux que Franz ne vous ai pas défendue dans la lutte pour avoir vos enfants! Heureusement vous avez eu Marie-Valérie et vous avez enfin eu un enfant à aimer!

Est-il vrai que vous êtes victime de migraines? Ce qui est bizarre c'est que dans ma famille, il y a une Gisèle, une Mary, un Rodolphe et que ma mère a failli s'appeler Elisabeth!

Je ne vous ennuis pas plus longtemps, vous avez peut-être un cours de hongrois ou une ballade à cheval à faire!

Avec toute mon admiration, 

Laurianne
         
         

Impératrice Sissi

      Chère âme,

Votre charmante lettre ainsi que l'admiration que vous affirmez avoir pour moi m'ont fait grand plaisir. Ce n'est que de votre époque que je reçois ce genre de missive; mes contemporains n'ont pour moi que mépris et je n'entends partout que des critiques. Comme j'ai eu raison de mettre ma confiance dans les âmes du futur!

Je suis effectivement très mince et, encore aujourd'hui à 60 ans, mon tour de taille est toujours de cinquante centimètres. Mon poids n'a pas dépassé les 50 kilos depuis des années; j'en suis très fière et ne souhaite pas prendre un gramme de plus! Lorsque je suis contrariée, mon poids augmente et c'est, de tous les maux, celui qui me vexe le plus. Je ne crois pas qu'il s'agisse vraiment là d'anorexie – qui d'ailleurs est davantage une expression de votre époque que de la mienne – mais simplement un désir d'atteindre un idéal de beauté. J'aime à sentir mon corps léger et aujourd'hui, alors que les rides ont depuis longtemps rongé mon visage, c'est à ma silhouette que l'on me reconnaît encore. 

Oui, je suis souvent victime d'affreuses migraines. C'est un mal qui affecte une grande partie des femmes Wittelsbach; ma mère et ma tante Sophie y étaient sujettes, de même que mes sœurs. Un jour, pendant une forte crise, un médecin m'a suggéré de couper mes cheveux pour alléger ma tête de leur poids. Moi qui tiens tant à mes cheveux! Je vous assure que le remède aurait été pire que le mal! La solution que j'ai trouvée, c'est de m'asseoir et de suspendre des mèches de mes cheveux à une corde par des rubans, comme des vêtements que l'on fait sécher! Ce n'est pas très esthétique, mais au moins je ne sens plus leur poids pendant quelques heures. Je suis aussi un peu insomniaque, comme vous le mentionnez. J'avoue que cela vient avant tout d'une mauvaise habitude, celle de lire et d'écrire très tard dans la nuit. Il fut une époque où ce n'était qu'à ces heures-là que j'avais enfin un peu de solitude et de paix! Mon corps s'est habitué à ce rythme et aujourd'hui, j'ai du mal à m'endormir même quand je me couche très tôt. Ce qui ne m'empêche pas toutefois d'être très matinale!

Je ne faisais pas «tout pour embêter ma belle-mère», vous renversez les rôles! C'est plutôt ma belle-mère et toute sa coterie qui faisaient tout pour m'embêter, moi, au nom de la bienséance et de l'image de la monarchie à préserver. Il est vrai que mes mécanismes de défense contre la rigidité du protocole et les tracasseries de la Cour m'ont fait adopter des agissements qui la faisaient bouillir, certes, mais là n'était pas mon premier but. Mon but était avant tout de m'affirmer comme personne dans ce milieu qui ne voulait voir en moi qu'une image de carton, une poupée de porcelaine sans âme ni cœur. Ma façon d'agir a pu facilement donner une impression d'immaturité et de puérilité qui ont justifié ma belle-mère lorsqu'elle s'est littéralement emparée de mes enfants. Franz ne m'a pas «défendue», comme vous le dites, car il me trouvait lui-même un peu instable... Ce n'est que quelques mois après la naissance de Gisèle qu'il m'a donné gain de cause, mais la mort de ma petite Sophie par la suite, ainsi que la maladie qui m'a conduite à Madère, sont venues bousculer le gain que j'avais fait alors. Jamais je n'ai vraiment repris en main l'éducation de Gisèle, mais j'ai exigé le droit de regard sur celle de Rodolphe lorsque j'ai vu que son précepteur, le colonel Gondrecourt, le maltraitait. Mais ma seule véritable enfant fut sans contredit ma Valérie, ma kedvesem, la seule que personne n'a pu m'enlever. J'ai enfin su avec elle ce qu'était le bonheur d'avoir un enfant. Et lorsque François-Salvator est venu voler son cœur, il m'a pris sans le savoir ce que j'avais de plus précieux.

Amicalement,

Elisabeth