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Marie-Ève Long
écrit à
L'Impératrice Sissi
L'Impératrice Sissi


Vérités ou mensonges


   

Bonjour Sissi,

Je suis très contente de pouvoir vous écrire. Je vais vous avouer que cet après-midi je cherchais des images sur Marie-Antoinette; j'ai fini par en rechercher sur vous, puis par tomber sur ce site.

J'ai vu et écouté vos films, mais apparemment on n'y raconte pas la vérité. Ils ne présentent qu'un enfant, Gisèle je crois... et une émission de vous en dessin animé... Vous avez les cheveux blonds!

En tous cas, revenons au sujet que je voudrais aborder. Sur ce site, votre belle-mère peut écrire et certaines personnes lui demandent pourquoi elle a tant de haine envers vous. Elle prétend que vos parents sont des bourgeois, mais aussi que vous fumez en cachette, que dans certaines événements, votre coiffeuse vous remplaçe et quelques autres choses du même genre. Est-ce vrai? Et s'il y a d'autres choses que vous avez faites pour vous sentir un peu plus libre, lesquelles?

En passant, vous êtes très jolie! De nos jours, nous avons des robes qui ressemblent aux vôtres; justement aujourd'hui je viens de m'en acheter une couleur rouge vin, la plus belle robe de ma vie, mais disons qu'avec le bustier, je respire à peine; vous ne trouvez pas que c'est serré?

À la prochaine, en espérant bientôt une réponse!

Marie



Chère Marie-Ève,

Je crois qu’il serait un peu exagéré d’affirmer que ma belle-mère avait de la haine contre moi. Même moi, même à l’époque où je l’appelais la «méchante femme», je n’y ai jamais vraiment cru. Ma belle-mère avait certainement des intentions louables, mais des méthodes fort rudes. Habituée à mener tout son entourage, fils et époux, plutôt rondement, elle avait des manières très autoritaires auxquelles mon éducation ne m’avait pas du tout habituée. Ma mère, mon père et ma sœur aînée me traitaient avec douceur et compréhension. Chaque chose que l’on voulait m’inculquer m’était expliquée et j’avais d’excellentes relations avec mes parents. C’est sans doute pour cela que ma belle-mère les trouvait «bourgeois»; il n’était pas d’usage, à l’époque, d’élever ses enfants soi-même, comme ma mère le faisait. L’archiduchesse trouvait que ma mère s’était totalement embourgeoisée au contact de mon père, ce que ma mère, avec humour, approuvait entièrement. Mais elles s’aimaient tout de même beaucoup et c’est, d’ailleurs, auprès de ma mère que ma belle-mère avait trouvé le plus de réconfort, à Possenhofen, après la mort tragique de mon beau-frère, Maximilien. Je crois que ma belle-mère a été longtemps très reconnaissante de l’accueil que lui ont fait ma mère et ma sœur, Hélène, qui s’y trouvait justement elle aussi après le décès de son époux.

Je fumais, oui, et pas du tout en cachette. Je fumais à table, dans ma chambre, en voiture, partout! La nouvelle s’en est même répandue jusqu’à Londres, où la reine Victoria s’est déclarée choquée! En fait, j’ai pris cette mauvaise habitude pendant la première guerre d’Italie, un peu avant la bataille de Solferino, lorsque j’étais si inquiète pour Franz, parti au front. Une manière comme une autre d’apaiser ma nervosité. J’ai d’ailleurs quitté assez vite cette habitude, lorsque ma toux et l’affection de mes poumons me forcèrent à passer six mois à Madère. Par la suite, j’ai pris des habitues de vie saines –sauf en ce qui a trait à l’alimentation, si j’en crois mon entourage– et la cigarette ne fut bientôt qu’un mauvais souvenir. Il faut avouer que la simple vision de la mine courroucée de ma belle-mère, lorsque j’allumais une cigarette, était suffisante pour me donner l’envie d’en allumer une autre, puis encore une autre! Un défi, une gaminerie bien plus qu’une véritable habitude, dont je n’ai eu aucun mal à me défaire.

J’ai effectivement demandé quelques fois à ma coiffeuse, Fanny, de me remplacer lors de réceptions, mais seulement à l’extérieur de l’Autriche, là où les diplomates ne m’avaient jamais vue et ne pouvaient donc s’apercevoir de la supercherie. Oui, je l’ai fait pour bénéficier d’une certaine liberté, entre autres visiter à ma guise certaines villes incognito, alors que cette bonne Fanny faisait les visites prévues par le programme établi par l’ambassade. Maintenant que toutes les chancelleries sont avisées que je ne veux plus effectuer quelque visite que ce soit et que je ne mène plus qu’une vie privée, je n’ai plus besoin d’avoir recours à cet artifice, mais je me suis parfois bien amusée de voir ces hauts dignitaires s’incliner bien bas devant ma coiffeuse, celle-ci aussi digne et royale que j’aurais pu l’être moi-même! Comme Fanny était elle-même très belle, tous ces diplomates qui ne connaissaient de moi que ma réputation de beauté se laissaient aisément berner et elle jouait son rôle à la perfection. Ces situations m’amusaient beaucoup, je dois l’avouer.

Les robes de bal… Oui, elles sont magnifiques, mais peu confortables, n’est-ce pas? Vous qui en faites maintenant l’expérience, je vois que vous en convenez comme moi. Oui, c’était très serré, d’autant plus que j’exigeais un laçage très ajusté afin de préserver la finesse de ma taille. Avec les années, cette réputation de beauté était de plus en plus difficile à maintenir, je devais faire beaucoup plus de préparatifs que n’importe quelle autre souveraine lorsqu’il y avait une réception, parce que tous ceux présents n’avaient rien de mieux à faire que de vérifier si ma réputation n’était pas surfaite. Je me devais donc d’avoir une coiffure toujours impeccable et une taille fine –cinquante centimètres, aujourd’hui encore à soixante ans– afin de projeter l’image que le monde avait de moi. Il ne faut donc pas s’étonner que j’aie souhaité espacer le plus possible les jours où j’étais «sous le harnais», comme je le disais si souvent. Ces jours fastes sont désormais derrière mois. J’ai donné toutes mes toilettes de couleur après la mort de mon fils, dont je porte désormais un deuil éternel, tout comme je porte le deuil de celle que j’ai été. Je n’ai gardé que des robes noires, quelques grises et quelques bijoux, des colifichets, souvenirs du temps où je vivais…

Amicalement,

Élisabeth
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