Jean Morizet  
écrit à

   

Franz Schubert
Franz Schubert

     
   

Quelques petites questions

   

Cher monsieur Schubert,

Je vous écris cette lettre car j'aimerais faire plus ample connaissance avec vous. Je sais déjà que vous êtes un grand compositeur, que vous avez écrit plus de mille œuvres dont six cents Lieder, dix symphonies et cela me rend très admiratif.

Je suis curieux de savoir quelles sont vos sources d'inspiration: est ce la nature qui vous inspire? Préférez-vous travailler à la campagne, au bord de la mer, ou à la montagne? Ou bien composez-vous en ville avec vos amis? Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique et ensuite de composer des œuvres? Qu'est-ce qui vous semble le plus difficile? Quel est votre instrument préféré, en jouez-vous? Quel est votre morceau préféré, pourquoi?

Voilà quelques-unes des questions auxquelles je voudrais que vous me répondiez si cela ne vous gêne pas et si votre travail vous en laisse le temps.

Et dans cette attente, je vous prie d'agréer l'expression de toute mon admiration,


Jean Morizet


Cher Jean,

je ne peux malheureusement que répondre assez brièvement à vos nombreuses questions. Je n'ai, ces temps-ci, que très peu d'énergie, et vous prie de m'en excuser.

Tout d'abord, merci pour vos compliments. Votre admiration me surprend et me touche.

J'ai reçu, d'«outre-rêve», de nombreuses questions à propos de mon inspiration, auxquelles je ne peux qu'apporter de bien incomplètes réponses.

Tant de choses m'inspirent! Je ne saurais précisément vous les décrire... Je me contenterai de répondre à la question plus précise que vous me posez: oui, la nature m'inspire, bien entendu, et je suis très sensible, même dans un monde aussi citadin que l'est Vienne, aux humeurs du climat, aux couleurs changeantes du ciel, et à tant d'autres phénomènes naturels qui sont sources d'émotions, de frissons... Et de musique, donc. C'est pourquoi j'aime parfois me promener aux abords de Vienne, et humer d'un peu plus près une nature un peu plus libre, plus sauvage. Il ne m'en est pas donné la force, ces derniers temps. Cela me manque, et m'assombrit.

Vous avez peut-être deviné la réponse à votre question suivante: c'est à Vienne, et pratiquement dans ce seul lieu (mais quel lieu!) que je compose, seul le plus souvent, mais entouré, en permanence, ne serait-ce que par la pensée, par l'affection d'amis fidèles et sensibles.

Vous semblez ensuite supposer que je suis d'abord musicien ensuite compositeur, où que je vins à l'écriture musicale après l'interprétation. En réalité, très tôt, et très vite, la composition est devenue ma principale activité musicale, du moins dans mon esprit qui ne pensait qu'à elle, et qui continue à ne penser qu'à elle. D'où cela vient-il? Je ne saurais vous le dire, malheureusement. Je peux simplement vous affirmer que cela est «en moi», depuis que je vins en ce monde probablement, et qu'en place d'une «envie» de composer, c'est bien plutôt un besoin, un besoin vital de composer qui m'anime... Cela ne m'empêche pas d'être pianiste: il faut bien jouer ses propres œuvres!

Quant à votre dernière question, sur mon morceau «préféré», je ne peux malheureusement choisir entre les nombreuses merveilles musicales qui sont parvenues à mes oreilles, et mes préférences, si j'en ai, varient tellement, que ma réponse, quelle qu'elle soit, n'aurait vraiment aucune valeur. S'il y a cependant un compositeur que j'ai admiré plus que tout, c'est bien notre regretté Beethoven, ce grand Maître qui a fait honneur à notre chère ville de Vienne en y composant tant de chefs-d’œuvre absolus. Je vous laisse donc maître, parmi ceux-ci, de choisir vos «préférés», sonate pour piano ou symphonie, quatuor ou concerto...

J'espère avoir pu répondre de mon mieux à vos questions,

Au plaisir de vous lire,

Franz Schubert.


Cher monsieur Schubert,

Je vous remercie pour tous ces éclaircissements. 


Au plaisir de vous réécrire,

Jean

P.S.:reposez-vous bien.