Mariétou
écrit à

   

Franz Schubert
Franz Schubert

     
   

Musicalité

   

Bonjour,
Tout d'abord, je voulais vous dire que je suis une grande admiratrice de vos œuvres. Ma préférée est «La truite»; elle fait partie des musiques qui me font frissonner quand je les écoute, qui m'emmènent, me font voyager à travers les sons.

Je pratique le piano au conservatoire de Tours et je me demandais comment écrire une musique qui puisse produire autant de sensations. Comment réussissez-vous à trouver différentes mélodies, toutes plus belles les unes que les autres? Est-ce que cela se travaille, ou alors est-ce en vous? Expliquez-moi.

Votre fidèle admiratrice.


Chère Mariétou,

Merci pour tous vos bons sentiments à mon égard et vos compliments.

J'avoue ne pas savoir vraiment par quel bout prendre votre question concernant la composition musicale! Si vous parlez de la technique même de la composition, évidemment cela s'apprend et demande même un entraînement rigoureux et assidu, afin d'assimiler les règles de l'harmonie, du contrepoint, de l'écriture orchestrale et de tant d'autres choses.

Mais je ne pense pas que ce soit cela que vous aviez en tête, car vous me demandez notamment comment je «trouve» mes mélodies. Je vais vous répondre le plus sincèrement possible: je ne «trouve» pas ces mélodies, simplement parce que je ne les cherche pas. Sont-elles en moi? Ou ne font-elles que passer par moi, par mon âme? Je ne le sais, mais je sais que je ne provoque pas leur venue, car leur «naissance», sur le papier à musique, se fait par des impulsions incontrôlées, irrégulières, souvent brèves. Ce doit être ce que l'on appelle plus couramment «l'inspiration».

Mais, croyez-moi, chère Mariétou, quel phénomène bien capricieux! Je pense que vous devez vivre des sensations analogues lorsque vous êtes devant votre piano car, après tout, l'interprétation musicale est aussi création, ou re-création, du moins! Vos doigts agiles peuvent, aussi bien que mes mélodies, inviter à ce «voyage à travers les sons». Entre nous: un des plus délicieux qui soient!

Affectueusement,

Franz Schubert