Cyprien
écrit à

   

Franz Schubert
Franz Schubert

     
   

La vie professionnelle de Franz Schubert

   

Lettre écrite dans le cadre d'un projet scolaire - collège Sainte-Trinité


Bonjour monsieur Schubert,

J'ai enfin l'immense honneur de vous poser quelques questions qui, bien sûr, concernent presque toutes votre profession, la musique, puisque vous êtes musicien et compositeur.

Tout d'abord, à quel âge avez-vous commencé la musique et avec quel instrument? À quel âge avez-vous commencé à composer? Pourquoi n'avez-vous jamais écrit d'opéra? Pourquoi avez-vous composé des musiques tristes, et aussi pourquoi préférez-vous la musique chantée à l'instrumentale? Avez-vous réussi à vivre de votre art? Hormis vous, quel est votre compositeur préféré? Avez-vous des enfants? Ont-ils appris la musique? Si oui, avec quel instrument? D'autres questions concernant l'art me chiffonnent: aimez-vous la peinture et la sculpture?

J'ai encore trois autres questions à vous poser. Dans «La jeune fille et la mort», qui est la jeune fille? Où avez-vous vécu, et de quoi êtes-vous mort?

Merci encore pour vos réponses.

Cordialement,

Cyprien


Bonjour Cyprien,


Que de questions! Je vais répondre à chacune d'elles, mais pardonne-moi d'être bref pour certaines; mon état de santé, ce matin, ne me permet pas d'en faire davantage.

Je suis né à Vienne (où je vis toujours) dans une famille qui accordait une grande importance à l'art musical. Mon père était maître d'école et connaissait fort bien la musique. J'ai donc, dès mon plus jeune âge, reçu un enseignement musical, par mon frère Ignaz, principalement, qui me donna mes premières leçons de piano. J'ai ensuite appris le chant, l'orgue et le contrepoint auprès d'un maître bienveillant du nom de Michael Holzer, à Liechtental, près de Vienne, et ce dès l'âge de sept ou huit ans, si mes souvenirs sont bons. Ce furent mes premières leçons de musique hors du cadre familial.

Je crois que mes premières «compositions», si on peut appeler ainsi des exercices scolaires sans originalité ni âme, datent de mes études à la chapelle royale du Konvikt. J'y suis entré à l'âge de dix ans, comme chanteur, et j'y ai suivi mes premières leçons de composition. Et fort logiquement, j'y ai composé quelques petites pièces diverses, généralement pour piano.

J'ai pendant plusieurs années vécu essentiellement sur mon salaire de maître d'école dans l'école tenue par mon père. Depuis que j'ai quitté ce poste pour me consacrer entièrement à la musique, je t'avoue que le succès assez mineur de mes œuvres ne m'a jamais permis de vivre très confortablement! Mais enfin, je suis bien entouré, et la chaleur de mes amis proches me rendent les misères financières plus supportables.

Pour répondre à deux autres de tes questions: je suis évidemment sensible à toutes les formes d'art, mais il est vrai que mon métier m'amène à être davantage en contact avec les poètes et les écrivains qu'avec les peintres et sculpteurs. Je n'ai, pour l'heure, ni femme ni enfant.

Je voudrais aussi rectifier quelques malentendus: j'ai écrit de nombreux opéras (une bonne dizaine!) qui ne sont peut-être pas très marquants et qui n'ont en tout cas jamais eu le succès escompté, mais voici quelques titres: «Fierabras, Alfonso et Estrella», «Les conjurés» ou encore «Les frères jumeaux».

Je n'ai pas l'arrogance de me considérer comme «un de mes compositeurs préférés»! Mais si je devais n'en citer qu'un, il s'agirait probablement du grand Maître viennois, Beethoven.

Mon inspiration initiale trouve souvent sa source dans mes lieder mais je ne préfère pas pour autant la musique chantée à la musique instrumentale. De même, je n'écris pas forcément de musique triste, même si, ces derniers temps, mon humeur est davantage tournée vers l'ombre que vers la lumière. Parmi mes sonates, mes symphonies, mes lieder, tu trouveras, je suis sûr, beaucoup de moments de joie et de clarté. Il est vrai cependant qu'une inquiétude réside en moi, et parcourt parfois même les œuvres les plus gaies en y saupoudrant un soupçon de tristesse, en mettant quelques nuages de bémols dans des ciels trop bleus...

Quant à «La jeune fille et La mort»... cette jeune fille, elle est différente pour chacun de nous. Je te retourne donc la question: pour toi, qui est-elle? Comment te l'imagines-tu?

Et, enfin, Cyprien, ne m'enterre pas trop vite. Je suis malade, certes, mais bien vivant. Je ne sais donc quelle sera ma mort. D'ailleurs, la «jeune fille» du lied ne le savait pas non plus...


Avec toute mon affection. Bien à toi,

Franz Schubert.