Gérard Van Beethoven
écrit à

   

Franz Schubert
Franz Schubert

     
   

Laideur et création musicale

    Bonjour Monsieur Schubert,

J'aime beaucoup votre musique. En plus, vous avez l'air si gentil! Cependant, une question majeure se pose: pourquoi êtes-vous si laid?

Avez-vous cherché à transcender votre laideur physique à travers la création musicale?

Bien à vous,

Gérard Van Beethoven

Cher Gérard,

Puisque vous aimez ma musique, c'est bien la seule et unique chose qui compte pour moi, et le seul compliment qui puisse m'emplir de joie, tandis que la question de mon apparence physique est bien loin d'être une «question majeure», en tout cas de mon humble avis.

Ma conviction est que vous pouvez me trouver laid, beau, ou d'un physique usuel, cela n'a en réalité pas plus d'importance que si vous me parliez de mes goûts culinaires, de la richesse de mes habits, ou de ma «gentillesse» d'ailleurs. Et je crains de vous décevoir en ne sacrifiant pas à ce schéma assez réducteur de la création cherchant à «transcender» la réalité. Par ma musique, je ne cherche qu'à exprimer des passions qui me hantent, qu'elles soient furieuses ou douces, funèbres ou amoureuses (ou les deux à la fois...), ces innombrables flux de sentiment qui, chez moi, butent sur les mots mais savent s'épanouir en musique. Peut-être des éléments de ma réalité, et notamment ma misérable condition, ou la grande laideur que vous me supposez, ont-ils pu favoriser tel ou tel élan d'âme; mais ma musique, si elle a parfois tenté de les sublimer de quelque manière ou de les montrer dans un cadre harmonieux et proportionné, n'a jamais cherché à les dépasser ou à les éviter.

On n'échappe pas, de toute manière, à ses tumultes intérieurs, et il ne nous est laissé ici-bas que le soin d'en démêler, du mieux que l'on peut, la si mouvante et complexe matière. Et vous devez savoir tout autant que moi, Gérard, que, dans cette lutte, l'apparence physique ne nous est que de peu d'utilité...

Bien cordialement,

Franz Schubert