Laure 
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Franz Schubert
Franz Schubert

     
   

La grande synphonie en ut majeur

   

Bonjour,

Je suis très heureuse de pouvoir correspondre avec vous. J'aimerais savoir ce qu'évoque «La grande symphonie en ut majeur» pour chaque mouvement car j'adore ce morceau. Je voudrais savoir aussi quels sont les compositeurs qui vous ont inspirés.

Merci!


Chère Laure,

je ne sais pas avec une grande certitude de quelle symphonie vous voulez parler lorsque vous citez la «Grande symphonie en ut majeur» mais je crois deviner que, parmi les deux symphonies en ut majeur que j'ai composées, vous parlez de la dernière en date. Je l'ai écrite très récemment, et son envergure vous amène peut-être à la surnommer «grande» symphonie, mais je n'ai aucune idée de la manière dont elle a pu vous parvenir. «Grande», vous dites... Figurez-vous qu'on me l'a justement refusée à la Société des Amis de la Musique de Vienne parce qu'elle l'était trop! «Trop longue et trop ardue», si je me souviens des mots précis.

Même s'il s'agit d'une composition importante pour moi, je ne vois cependant vraiment pas quoi répondre à votre question... Qu'est-ce qu'«évoque» cette symphonie? Pour moi? Ou de manière absolue? Je pense qu'aucune de ces deux questions, si elles ont seulement une réponse, ne vous seront utiles pour écouter cette musique. Peut-être vous attendez-vous à ce que je vous dise: voilà, cette symphonie évoque un arbre, une maison, tel endroit, tel épisode de ma vie ou de celle d'une autre personne, etc. Mais ce n'est pas ainsi que cela fonctionne, il me semble. Je compose en partant d'un nombre incalculable de choses, d'évènements, d'émotions, de pensées... qui sont en moi, qui sont mon «vécu», et qui doivent « sortir », d'une manière ou d'une autre. Ma manière, c'est la musique. Je serais incapable de dire ce qui, précisément, a démarré ou été le moteur de cette symphonie (et encore moins de chaque mouvement) comme de la plupart de mes pièces de musique. Puis la musique «sort», advient. Et elle me dépasse, moi-même je serais incapable de l'expliquer. Elle comporte bien d'autres choses que je n'ai pas prévues, que je n'avais même pas soupçonnées.

De toute manière, cela importe peu. Ce qui importe, ce qui est même essentiel, est ce que cette musique «vous» évoque, ou ne «vous» évoque pas. Voilà le VRAI sens de cette musique: celui que vous vivez, que vous ressentez. Et je ne voudrais pas venir m'immiscer dans votre écoute ni vous être un bien perturbant et bien inutile guide... Je n'ai vraiment rien d'un guide, chère Laure, croyez-moi!

Quant à votre question sur les compositeurs qui m'ont inspirés, elle est assez large, elle aussi, et nécessiterait une réponse «trop longue» à son tour! Je me contenterai de vous dire que le regretté Beethoven est un Maître de composition pour moi, comme pour beaucoup de mes contemporains (bien que la symphonie que vous mentionnez n'ait, je pense, pas grand chose à voir avec ses merveilles en la matière). Et, comme je vis à Vienne, je suis aussi particulièrement sensible aux œuvres des musiciens d'exception qui ont foulé les rues de ma ville natale: Haydn et Mozart parmi les plus immenses. Et, comme, depuis peu, je m'intéresse à nouveau à l'art du contrepoint, je m'émerveille aussi de certaines pièces de clavecin écrites, par exemple, par l'allemand Johann-Sebastian Bach. Mais il y en a tant d'autres.

Si vous désirez m'évoquer «votre» «grande» symphonie en ut majeur, je serais touché d'avoir votre avis,

Au bonheur de vous lire,

Bien à vous,

Franz Schubert.