Monya
écrit à

   


Franz Schubert

     
   

Die Forelle

   

Cher monsieur Schubert,

Si je vous écrit, c'est dans un souci d'honnêteté vous concernant: pourrais-je avoir votre consentement pour réduire Die Forelle en un trio à clavier. Et, si oui, auriez-vous des conseils à me donner. Vous en êtes tout de même le compositeur, pas moi.

Très amicalement,

Monya


Monya,

il n'y a bien évidemment aucun problème à ce que vous réalisiez l'arrangement de «Die Forelle» pour trio avec clavier. J'en serais même tout à fait honoré. J'ai d'ailleurs moi-même l'habitude de réutiliser mes thèmes de lieder pour écrire des pièces de musique de chambre. Le lied «Der tod und das madchen» a servi à la composition du deuxième mouvement d'un quatuor à cordes, et ce même lied «Die Forelle» dont vous me parlez fut utilisé pour le quatrième mouvement d'un quintette avec piano. Je l'ai composé il y a déjà de nombreuses années, mais si vous parvenez à le retrouver ou à l'écouter, vous pourrez essayer, si cela vous plait, d'y prendre quelques idées. Dans ce quatrième mouvement, le thème du lied circule entre chacune des voix et revient à chaque fois avec une nouvelle variation. J'ai utilisé de même le principe de variation dans le 2e mouvement du quatuor «Der Tod und das madchen». Vous n'êtes bien entendu pas du tout tenue de reprendre ce principe. Si vous n'ambitionnez qu'un simple arrangement, la seule chose que je puisse vous conseiller est de faire en sorte que toutes les voix de votre trio aient quelque chose à dire, au moins à un moment de la pièce. Il serait bon que le thème du lied, c'est à dire la voix du chanteur ou de la chanteuse ne soit pas intégralement reportée sur un seul instrument. Faites-le circuler, et créez un dialogue avec les autres voix. Dans le lied, il est faux de croire que le piano ne sert qu'à accompagner la voix. Il est bien plus que cela, c'est un personnage aussi important que le chant, et vous devez faire de même pour votre arrangement pour trio: aucune partie ne doit se sentir trop en retrait ou en arrière-plan. Enfin, ne vous troublez pas pour le texte et n'hésitez pas à prendre de la liberté par rapport à la partition «originale». Je ne vous en tiendrais pas rigueur! L'essentiel est que votre arrangement soit fait avec le coeur, et que vous le jouiez avec le coeur.

Cordialement,

Franz Schubert.