Olivier
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Y aurait-il une frénésie en 1794?

    En ces temps troublés, dans cette étrange République les journées révolutionnaires ont remplacé les élections, la place de la Révolution se macule chaque jour d’un peu plus de sang.

En contrôlant le comité de salut public, vous contrôlez la Convention – nous entrons dans l’autocratie. Certes, vous l’avez dit: «Pour que triomphe la Vertu, il nous faut passer par la Terreur.» Ainsi, les disparitions de Capet et de l’Autrichienne étaient-elles nécessaires pour refonder la Nation. De même je vous pardonne l’exécution des Girondins dont la tendance fédéraliste frôlait l’hérésie républicaine. À votre époque, la France est en danger, nos armées combattent sur tous les fronts et la Vendée est loin d’être pacifiée.

Après avoir posé le contexte, je vous pose trois questions: n’êtes-vous pas conscient que vous vous coupez du Peuple (parisien surtout car c’est lui qui, une fois manipulé, fait et défait les gouvernements)? L’ennemi est loin à présent, nous retrouvons nos frontières et vous contrôlez le tribunal révolutionnaire, alors pourquoi la guillotine continue-t-elle de s’abattre chaque jour? Au fur et à mesure que les chaleurs de Thermidor approchent, vous vous coupez de vos alliés, on a l’impression que vous vous enfoncez dans une sorte de frénésie. D’où ma troisième question. Je vous prie de m’excuser par avance car elle peut paraître insultante: êtes-vous paranoïaque ou simplement avide de pouvoir?

Olivier



Monsieur,

Afin de ne pas me répéter, je vous renvoie à mes précédents courriers où vous trouverez, je pense, des corrections précieuses à vos raisonnements. Relisez-les à loisir afin de comprendre que les journées révolutionnaires  n’ont en rien remplacé les élections, que je ne contrôle point, ni le tribunal révolutionnaire, ni le Comité de salut public, et que ce dernier ne contrôle bien évidemment pas la Convention nationale, mais au contraire est-il entièrement subordonné à l’autorité de cette dernière. Comment pourrait-il en être autrement? Vraiment, prétendre qu’un comité, même aussi important que celui de Salut public, domine l’Assemblée qui l’a constitué, c’est insulter au bon sens et à la souveraineté de ladite Assemblée, c’est aussi insulter à la souveraineté du peuple que la Convention représente.

De même, c’est insulter le peuple que de prétendre qu’il est «manipulé» pour faire et défaire les gouvernements. À qui appartiendrait, d’après vous, le droit de faire un gouvernement sinon au peuple duquel tout pouvoir émane? Le gouvernement d’une république est l’ouvrage et la propriété du peuple, sauriez-vous prouver le contraire?

Je ne vois donc point comment je me couperais du peuple dont je suis et serai toujours, et que je représente en ce moment à l’Assemblée nationale? Je ne cesse de clamer et de défendre ses droits et ses pouvoirs, et je n’ai point d’autres alliés que tous les bons patriotes. Quant à votre deuxième question, je la considère sans objet.

La liberté ou la mort!


Maximilien Robespierre