Anya
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Votre oeuvre révolutionnaire

    Monsieur de Robespierre,

Je vais aller droit au but : je ne vous aime pas. Oh, je ne mets point en doute votre intelligence, mais vous êtes à mes yeux un homme sans scrupules. Je m'explique. Vous avez, avec ce cher Danton et d'autres, mené une Révolution. Votre but, à l'origine, c'était (et je n'en doute pas) l'égalité des hommes. Mais le pouvoir vous est monté à la tête et vous avez commis tant de crimes!

Pourquoi avoir exécuté Danton et Desmoulins, vos amis? N'avons nous pas le droit de penser différemment de vous? Pourquoi tant de haine?

Et votre idée de l'Être suprême, laissez-moi rire! D'un coté, on interdit la religion et de l'autre, on crée un Être Suprême, qui pour vous n'a pas de lien avec la religion. Franchement, vous nous prenez pour des idiots, monsieur de Robespierre!

Et au lieu de vous fâcher avec un homme droit comme Danton, vous auriez mieux fait de vous séparer de ce roquet de Saint-Just, ce criminel, ce fou.

Ne vous formalisez pas avec ce que je vais vous dire, mais, pour moi, monsieur, vous êtes un assassin, un criminel, un sanguinaire, un arriviste. Vous avez tué la Révolution! Vous avez fait sombrer la France dans la Terreur. Ah, elle est belle, votre Révolution!

Et vous ne me faites pas peur! Vu mes propos, je sais que je suis bonne pour le Tribunal Révolutionnaire. Je vous mets dans le même sac qu'un Napoléon (votre digne héritier), un Staline ou autres dictateurs. Oui, monsieur. J'aimerais tant vous comprendre, savoir le pourquoi de tout cela.

Je vous laisse, monsieur, avec votre conscience. L'histoire vous a jugé.

Anya


Madame,

Vouloir connaître le pourquoi des choses est une intention louable, mais ce n'est point en proférant des imprécations, ni en distribuant gratuitement des jugements sans fondement ni en accusant sans preuve que vous allez l'atteindre.

Si vous y tenez véritablement, le premier pas à faire dans cette direction est, à mon sens, d'oublier les on-dit et les idées préconçues et d'aller étudier les faits les soumettant à l'exercice de votre raison plutôt que de se faire des idées d'après les opinions que d'autres se sont faites avant vous. Car, pardonnez-moi, au vu de vos propos sur la révolution, la terreur etc., vous n'êtes point attendue au tribunal révolutionnaire, vous êtes juste bonne pour un retour sur les bancs d'école. En attendant que vous preniez de meilleurs renseignements quant aux événements de notre révolution, je compte apporter sur-le-champ des corrections à quelques autres sentences de votre missive.

«Pourquoi avoir exécuté Danton et Desmoulins, vos amis?», me demandez-vous. Premièrement, je me suis déjà plusieurs fois exprimé sur ce sujet, et si vous ne daignez point de me lire, je ne me crois pas non plus obligé de le répéter à l'infini. Sachez cependant que Danton n'était point mon ami et j'ignore ce qui vous fait croire le contraire. Quant à Desmoulins pour qui j'avais en effet de l'affection à l'époque du collège St-Louis, nous avons depuis 1789 entretenu avec lui des relations que j'aurais qualifiées de bonnes sans toutefois appeler ça «amitié». J'espère, madame, que vous ne m'en tiendrez pas rigueur car la vraie amitié, c'est comme de l'amour, ça ne se commande point et je vous demanderai donc de bien vouloir modérer vos propos sur mon ami Saint-Just que vous n'avez point l'honneur de connaître et par conséquent n'êtes point à même de juger. Néanmoins, j'y ajouterai qu'il est inutile d'évoquer mon amitié, prétendue ou réelle, pour tel ou tel, car quiconque convaincu à mes yeux de trahison et de corruption, cesserait immédiatement d'être mon ami et qu'il est pour le moins étrange d'imaginer que la question de mes attachements sentimentaux puisse entraver la marche de la justice.

Deuxièmement, dire que Danton est un homme droit… vous n'y pensez pas! Pitié, madame, il y a tout de même bien des exemples plus appropriés pour illustrer la probité et la droiture que le cas Danton!

De même, Madame, si vous ne voulez point vous donner la peine de comprendre l'idée de l'Être Suprême, il n'est pas dans mon pouvoir d'y remédier, mais je vous prie au moins de ne point proférer des sottises. Malgré quelques malheureux excès contre les croyances provoqués par les agents de l'étranger dont nous étions tous témoins récemment, la religion n'est point interdite en France et d'ailleurs, dans son décret sur les idées religieuses et morales, la Convention nationale avait expressément réaffirmé le droit de libre exercice des cultes.

Sur ces mots, je vais, avec votre permission, prendre congé de votre aimable compagnie car des affaires autrement importantes m'attendent au comité.

Vive la république!

Maximilien Robespierre