Cassandre
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Vive le roi, vive la reine et vive le dauphin 

   

Monsieur,

Je tiens à vous dire d'avance que je suis une royaliste acharnée et que je trouve vos actes (pas seulement les vôtres mais aussi ceux des autres révolutionnaires) odieux. Vous rendez-vous compte que deux pauvres enfants, Louis XVII et sa sœur, se sont retrouvés orphelins par votre faute? Je trouve cela pitoyable. La reine a été accusée d'inceste. Mais mon Dieu! Vous rendez-vous compte de ces ignominies! C'est immonde!

Le pauvre roi a fait preuve d'un grand courage en montant sur l'échafaud alors qu'il était innocent de tout ce qu'on lui a reproché! Il n'y a pas de quoi être fiers! Louis XVI n'a jamais demandé à être roi. Il a voulu faire le meilleur pour le peuple et le voilà décapité! La reine était très heureuse lorsque le peuple l'aimait. Savez-vous qu'elle a refusé que le roi lui achète un collier car les temps étaient difficiles? Un collier de 1 million 600 000 livres!

Et qu'avez vous à répondre sur madame Élisabeth? Guillotinée, uniquement car elle était la sœur du bon Louis XVI! Où est le mal?

Au revoir Monsieur. Voulez-vous un grand verre de sang pour vous rafraîchir?

Cassandre (11 ans), royaliste et fière de l'être.


Mademoiselle,

J'ai bien pris note que du haut de vos onze ans vous êtes royaliste et fière de l'être, et grand bien vous en fasse!

Vos jugements sont bien de votre âge, c'est-à-dire puérils. Mais c'est aussi bien ainsi: vous êtes si jeune encore, vous avez devant vous suffisamment d'années pour apprendre plus de choses sur l'histoire de la Révolution, ne serait-ce que pour vous en informer davantage... Et qui sait, peut-être reviendrez-vous à la raison? Tout espoir n'est pas perdu.

Maximilien Robespierre


Monsieur,

Détrompez-vous, je suis assez bien informée sur l'histoire de la Révolution française. Je sais que vous n'êtes pas le pire des révolutionnaires et que vous avez tout de même tenté de sauver madame Élisabeth de la guillotine. Mais tout de même, rendez-vous compte. Des centaines de personnes sont mortes. La Révolution à fait des veuves, des orphelins, car il y a eu beaucoup de guerres. Qu'auriez vous ressenti si vous aviez été un enfant de huit ans, dont le père aurait été guillotiné, et qu'on vous aurait séparé par la force de votre mère, de votre sœur et de votre tante pour vous confier à des inconnus, qui vous auraient élevé comme si vous aviez été l'enfant d'un révolutionnaire, alors qu'en fait, fils d'un roi vous vous seriez senti mourir lentement avec pour seule espérance, celle de revoir votre mère qu'on aurait guillotiné sans vous le dire! Je prends Louis-Charles comme exemple car c'est parmi de nombreux celui qui m'a le plus bouleversée.
 
J'ai du mal à comprendre. Lors du sacre de Louis XVI, vous avez lu un discours, agenouillé à la portière de son carrosse, sous la pluie, tout dévoué à votre nouveau roi. Et quelques années plus tard, vous le traînez à la guillotine.

Continuez à penser ce que vous voulez, mais je ne risque pas de revenir à la raison, c'est plutôt vous qui devriez y revenir. Vous, autant que les autres révolutionnaires.
 
Non, Monsieur, cela est affreux!
 
Avoir tort n'est pas un crime, à partir du moment où cela ne fait aucune victime!
 
Cassandre.

Et bien, Mademoiselle, puisque vous êtes «assez bien informée», vous devez donc savoir un certain nombre de vérités historiques que même un enfant de votre âge ne peut ignorer et n'aura d'inconséquence à nier.

Ainsi, malgré ses propres crimes, perfidies et trahisons envers le peuple, ce n'est point moi qui ai «traîné» Louis Capet, ni personne d'autre d’ailleurs, à la guillotine. Il en est allé de même pour sa femme.

S'il y a eu «beaucoup de guerres», comme vous voulez bien l'admettre, c'est précisément à cause de cet auguste couple qui, loin de soutenir la patrie comme son serment de fidélité à la constitution l'y obligeait, nous trahissait de son mieux et conspirait avec les ennemis de la France. Ce n'est point la Révolution qui a fait «des veuves et des orphelins», mais les armées, des tyrans de l'Europe, venues en aide au tyran de la France, ainsi que leurs satellites, les royalistes émigrés, et tous les contre-révolutionnaires acquis à leur solde, et qui ne juraient que par la mort des patriotes.

Il est donc bien étonnant, (et si vous aviez été plus âgée, j'aurais bien dit «hypocrite», mais je veux vous supposer égarée, mais non méchante) que vous ne soyez bouleversée que par les malheurs du fils du roi; encore qu'il n'est point malheureux d'être élevé comme un enfant du peuple! Que ne pleurez vous sur le sort des autres enfants dont les pères sont tombés au champ de bataille pour défendre la patrie, dont les mères ont été égorgées sans pitié par les armées des envahisseurs ou terrassées par la famine engendrée par la guerre et les perfidies contre-révolutionnaires! Sont-ils donc moins dignes de compassion à vos yeux? Les tourments du peuple vous laissent-ils donc si indifférente? N'avez-vous de larmes que pour les princes et les rois qui ont appelés les foudres de la guerre sur notre pays et applaudissent à chaque victoire de l’ennemi! Décidément, c'est bien cela, la prétendue miséricorde des royalistes, et c'est réellement affreux!

Adieu, Mademoiselle, je vous invite à méditer ce que je viens de vous dire, et vous souhaite de grandir un peu.

Maximilien Robespierre

Si ce n'est point vous qui avez traîné le roi, et non pas Louis Capet, à la guillotine, cela ne vous a pas empêché de voter pour sa mort. Je vous considère, vous, ainsi que tous les autres révolutionnaires qui ont fait la même chose que vous, comme en partie responsables de ce crime. Que voulez-vous dire par «ses propres crimes»? Perfidies et trahisons envers le peuple! Laissez-moi rire! Quant à Marie-Antoinette, c'est bien la chose la plus absurde que j'ai lue sur elle. Ne me dites pas que vous n'y êtes pour rien si elle s'est fait guillotiner, ce fut une des premières victimes de la Terreur!
 
Je trouve, pour ma part, bien normal que les autres pays européens viennent en aide à Louis XVI. Leurs dirigeants ne voulaient pas que la révolution se propage et se répande dans leur pays. Mais quand je parle de guerre, je pense surtout à l'Autriche qui est le pays natal de la reine, et je trouve donc cela logique que les autrichiens viennent en aide à leur archiduchesse.
 
Si vous et les autres révolutionnaires n'aviez pas allumé les feux de la Révolution, les «tyrans d'Europe», ne seraient peut-être pas venus en aide au «tyran de la France», et il n'y aurait donc pas eu tant de veuves et d'orphelins. Je ne suis pas, comme vous le prétendez, bouleversée uniquement par les malheurs du fils du roi, je suis bouleversée car je me dis: «S'il n'y avait pas eu de Révolution, tout le monde aurait pu s'arranger, et rien de cela ne serait arrivé. Enfin, peut-être». Le petit Louis XVII n'a pas été élevé comme un enfant du peuple, il a été élevé comme le fils d'un roi devrait l'être. Il a donc reçu une très bonne éducation, tout comme son père. Et c'est probablement vous (quand je dis vous, je parle de tous les révolutionnaires), qui avez détruit cet enfant, vous qui l'avez privé de ses parents et de sa famille, vous qui lui avez volé son enfance! Il me semble logique, avant de m'apitoyer sur le sort des enfants du peuple, de m'apitoyer sur le sort de celui qui aurait dû devenir votre roi. S'il est né, c'était pour donner un héritier à la France, et non pas pour en faire le serviteur du couple Simon. Mais je pense que vous allez continuer à faire la sourde oreille et ne croire qu'aux malheurs du peuple. Mais je pense que le peuple à plus souffert, après l'exécution du couple royal. Et ce n'est pas la Révolution qui a changé les choses, il y a eu bien d'autres combats, pendant des décennies après la révolution. En fait, la seule chose qui a été faite, c'est de faire couler du sang. Oui c'est tout à fait cela.
 
Adieu Monsieur, je vous invite également à méditer sur ce sujet et ne vous inquiétez pas, 1 mètre 54, c'est une taille parfaite pour mon âge.

Cassandre.



Mademoiselle,

Je vois que j'ai grandement surestimé votre capacité à comprendre le langage sérieux. On ne peut m'accuser d'avoir manqué d'attention et de condescendance envers le courrier d'une enfant, mais je ne souffrirai davantage cette perte de temps en échanges inutiles avec une fillette qui s'est trompée de lectures et prend des ouvrages d'histoire pour des contes de fées et de princes charmants. Donc, trêve de babillage!



D'accord, vous avez raison, d'ailleurs, vous avez toujours eu raison! (rires)

Si vous voulez que notre conversation s'arrête ici, ça me convient également, mais j'ai bien l'impression que vous faites cela car vous ne savez plus quoi me répondre! Mais, vous savez, il y a un point commun entre les ouvrages d'histoire et les contes de fées et de princes charmants: dans les deux, il y a des monstres et des êtres ignobles!
 
Adieu, Monsieur,
 
Une fillette de onze ans, trop puérile à votre goût, qui ne croit qu'aux contes de fées et de princes charmants!