Flore
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Vive le Roi!

    Citoyen,

Vous disiez à l'un de nos compatriotes que si quelqu'un est l'artisan de la mort du roi, c'est le roi; mais ne l'avez-vous pas un peu aidé. Vous l'avez calomnié ainsi que la reine. Je dis que le roi a commis une erreur, c'est de ne pas vous avoir mis à la Bastille avec vos complices, parjures et assassins, Saint-Just, Couthon, Collot d'Herbois et les autres. Le seul que j'estime parmi vous, c'est Camille Desmoulins. La Fayette était lui aussi très bien. Il soutenait le peuple et le roi à la fois. Vous saviez que des rumeurs concernant la reine qui ont été propagées sont fausses. Vous n'êtes que des menteurs? Vous prétendez aider le peuple alors que vous lui mentez. Savez-vous pourquoi la reine ne voulait pas du collier de diamant? C'est parce qu'elle avait compris qu'il fallait mettre un frein à ses dépenses. De plus, elle s'occupait d'oeuvres de charité. Mais vous vous êtes gardé de le dire au peuple, n'est-ce pas? Et le roi, s'il avait voulu trahir son peuple, aurait tenté de fuir bien avant 1791. Et la reine, vous savez qu'elle n'a jamais dit «qu'ils mangent de la brioche»«. C'était la femme de Louis XIV qui avait dit ça. Marie Antoinette était très compatissante et aimait son peuple. Et vous savez aussi qu'elle n'a jamais couché avec son fils. Un enfant victime d'inceste n'a pas un comportement comme celui de Louis Charles. Vos chiens de garde l'ont fait boire et probablement battu. Quelle honte! Vous devriez avoir honte. Vous pourrez faire profiter de mon message vos caniches, Couthon et Saint-Just (il porte mal son nom, celui-là). Ce n'est qu'un monstre sanguinaire comme vous. Un dernier mot, la reine n'a rien fait que ses prédécesseurs n'aient pas fait avant elle et n'était pas plus dépensière que les autres. Et dans votre cas, il faut sûrement avoir le pouvoir pour comprendre que ce n'est pas du bonheur mais une lourde responsabilité. Faites-en l'expérience et on rira bien. Prenez le pouvoir. Et pas la peine de coiffer votre perruque. Vous n'en aurez pas besoin quand vous monterez sur l'échafaud.

Vive le roi, la reine, madame Elizabeth et la princesse de Lamballe

Flore


Madame,

Je remarque une fois de plus que votre plume est aussi infatigable qu'est inextirpable votre haine pour la république, mais je crains qu'il ne se trouve dans ce mélange des exclamations fanatiques et des accusations gratuites aucune maxime sur laquelle je n'aurais déjà débattu soit dans nos échanges antérieurs, soit en répondant à d'autres courriers. Que voulez-vous donc que je vous dise de plus?

Point étonnant qu'il n'y ait que des traîtres de l'acabit de Desmoulins et de Lafayette qui trouvent grâce à vos yeux, après que vous annoncez l'innocence et la bonne volonté de Louis Capet et sa femme. Ma chère, vous n'allez tout de même pas soutenir qu'ils ont accepté avec joie et transport la liberté du peuple français et se sont soumis loyalement à la constitution qu'il a donnée à la France! En outre, passez-moi l'expression, je me fiche royalement de savoir avec qui avait couché Marie-Antoinette ou pourquoi tel ou tel bijou avait osé lui déplaire. Ce qui m'importe c'est son attitude envers le peuple français. Il est certes probable qu'elle l'aimait comme vous le prétendez. Ainsi, elle l'aimait lorsqu'elle encourageait son mari à s'opposer à toutes les mesures libératrices des représentants du peuple, elle l'aimait lorsqu'elle préparait la contre-révolution et le massacre des patriotes, elle l’aimait lorsqu'elle trahissait nos plans militaires... Bref, elle a caché ce sentiment d'amour sublime aux profondeurs de son âme, si profondément que personne ne s'en est aperçu!

De même, réfléchissez vous-même: si vraiment la reine oeuvrait charitablement à soulager le sort du peuple, qu'importerait si je le disais au peuple ou non? En vérité, il n'y aurait aucun besoin de le lui dire spécialement, car il le saurait lui-même par expérience, n'est-ce pas? Vous m'accusez de l'avoir calomniée, ainsi que le roi. Point de cela! Je vous serai bien reconnaissant de citer ne serait-ce qu'une seule de mes interventions où j'aurais proféré à leur encontre une chose qui ne serait pas vraie.

De grâce, Madame, vos cantiques intempestifs deviennent ennuyeux, d'autant qu'ils ne peuvent rien changer quant à la vérité sur Louis XVI et sa femme. Ils n'étaient peut-être pas plus dépensiers que leurs prédécesseurs sur le trône, mais il n'en découle nullement qu'ils soient meilleurs, plus justes et moins hypocrites, ou que le joug de la monarchie soit moins écrasant.

Vive la République!

Maximilien Robespierre