Jean-Claude Pilayrou
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Versailles

    Cher monsieur,

Je cherche des renseignements sur votre vie quotidienne à Versailles en 1789.

Parlez-nous, si cela est vrai, de la jeune femme qui venait vous voir rue de Saintonge.

Quels rapports aviez-vous avec Laurent Lecointre, futur conventionnel. J'ai lu qu'il vous accompagna chez Duplay le 17/7/1791. Fréron l'a rapporté.

Salutations - Louvel



Cher Monsieur,

Il n'y a pas grand-chose à dire sur ma vie à Versailles. Comme vous pouvez l'imaginer, l'affluence à Versailles, à la veille des États généraux, était effroyable, et y trouver un logement m'était extrêmement difficile, je veux dire, avec mes humbles moyens. J'étais donc bien heureux de pouvoir me loger à l'hostellerie pas très loin du palais, avec mes trois autres collègues, députés du tiers, paysans d'Artois. Évidemment, la cohabitation n'est point une chose commode, mais les travaux de l'Assemblée et la tournure alarmante que prenaient les événements, occupaient fortement mon attention, et presque tout mon temps, surtout lorsqu'on a commencé à tenir les séances matin et soir. La pause au milieu suffisait seulement à se restaurer, et à prendre un peu de repos... auquel je préférais souvent les discussions au café avec d'autres députés, fort appréciables et moins voilées que les discours publics, ce qui n'était pas toujours possible lorsque les séances du soir se prolongeaient. Sans dire qu'il fallait trouver du temps à lire les journaux, et surtout à écrire, aux parents, aux amis... Je n'ai donc point eu de loisirs à sentir l'incommodité de la vie à l'auberge, et il est impératif d'ailleurs, que je rende justice à mes colocataires, ils ont été bien prévenants et délicats envers moi, et ont su respecter mon besoin de ne pas être dérangé, parfois, pour pouvoir méditer sur les événements en route.

Outre qu'il est mon collègue à la Convention, je n'ai point de rapports avec Lecointre de Versailles, et c'est fort convenable car, veuillez me passer l'expression, il a le cerveau bien dérangé. Au soir des massacres au Champ de Mars, lorsque j'encourais la fureur des sbires de Lafayette, une dizaine de patriotes jacobins s'étaient proposés de m'accompagner chez moi, rue Saintonge, et quand l'honorable citoyen Duplay m'avait offert sa demeure comme abris, ils nous ont servi avec joie d'escorte. Que Lecointre soit de leur nombre, ceci n'est point impossible, comme vous le voyez, d’autant qu'à l'époque il arrivait à ce brave citoyen d'honorer la Société de sa présence agitée.

Vous comprendrez naturellement, Monsieur, que la seule et unique réponse qui puisse être apportée à la question restante, est le silence absolu. Je suis un homme d'honneur, et il n'est point question de dire un mot sur aucune de mes fréquentations. Quel genre d'homme serais-je si j'en parlais?

En espérant avoir satisfait votre curiosité sur d'autres points,

Salut et fraternité,

Maximilien Robespierre




Merci bien.