Une admiration sans borne
       

       
         
         

Rosiel

      Cher Robespierre,

Je vous admire tant! Cette volonté, cette détermination, cette flamme qui brûle en vous! J'en suis toute éblouie!

Pour moi, vous avez toujours été l'un des personnages les plus fascinants de la Révolution française! (Eh oui!) Même si beaucoup de gens pensent que vous n'êtes qu'un sadique trop fanatique et trop cruel!

C'est peut-être vrai, mais bon... Moi je dis: Vive Robespierre!!!

Mes salutations les plus sincères!
XxX

Rosiel
         
         

Robespierre

      Citoyenne,


Certes, je me réjouis sincèrement à l'idée que les principes glorieux de notre Révolution ont pénétré à travers le monde jusqu'aux pays accablés par l'inégalité et gouvernés pendant des siècles par la tyrannie la plus noire. J'ai toujours cru et votre message confirme mon opinion, que les noms des défenseurs de la liberté et de l'égalité seront chers aux générations futures du monde entier, et que la postérité libre de nos préjugés pourra un jour estimer le travail colossal que le peuple français a entrepris pour affermir les droits naturels et inaliénables de tout être humain.

Néanmoins, je ne puis vous cacher, citoyenne, que je reste devant votre courrier dans un désarroi profond. Après m'avoir produit l'honneur de me ranger parmi les patriotes dévoués à la cause du peuple et de la Révolution, vous reprenez le langage de mes pires détracteurs, me qualifiez d'un fanatique cruel et sadique (j'ignore ce que veut dire ce dernier mot, mais le contexte me le fait aisément deviner), et me maintenez votre admiration! Un fanatique cruel est-il digne d'admiration, citoyenne? Son nom est-il digne de figurer parmi ceux des partisans de la République? D'ailleurs, comment un tel individu pourrait-il servir la noble cause? La vertu et le vice ne peuvent coexister; le fanatisme et la liberté, la cruauté et la fraternité sont-ils compatibles? Je ne vois point de milieu: il est évident que je ne saurais guère être «un personnage fascinant de la Révolution» si j'étais vraiment tel que me dépeignent «beaucoup de gens».

Je ne suis pas enclin à rechercher la flatterie et les louanges à tout prix. Malgré toute complaisance humainement naturelle que vos compliments puissent produire en moi, si votre opinion sur mon compte n'est point arrêtée, je préfère vous voir admirer les principes de la liberté et l'oeuvre du progrès humain plutôt qu'un individu.

Je vous prie de m'excuser, citoyenne, si cette franchise vous a blessée; si vous la trouvez impolie et sèche surtout en réponse à vos déclarations enflammées, vous m'en voyez sincèrement désolé. J'espère être honnête avec vous, et je crains de ne pouvoir vous répondre autrement. Accepter les propos de nos ennemis, approuver d'avance toute calomnie pour braver les calomniateurs, et non de la dissiper, me décevrait beaucoup de la part de quelqu'un de pure et de passionnée que vous paraissez être.

Croyez, citoyenne, en ma sincère et cordiale estime,
Maximilien Robespierre