Si c'était à refaire?
       

       
         
         

Simon

      Cher Robespierre,

Ton oeuvre est méconnue et ta figure est salie. Si la Révolution française était à refaire, agirais-tu de la même manière?

Révolutionnairement vôtre,
Simon
         
         

Robespierre

      Citoyen Simon,

J’ai dit déjà un jour que je ne regrette pas ce que j'ai fait car je sais avoir agi sincèrement et selon ma conscience. S’il avait été vraiment possible de refaire le passé, j’aurais seulement désiré ne jamais me trouver dans certaines situations étant donné que je ne pourrais guère agir autrement que comme je l’ai fait.

Peu m’importe que mes efforts soient méconnus et ma mémoire calomniée aujourd’hui pourvu que la République vive. Il y a longtemps de cela déjà, à l’époque où la faction criminelle de Brissot par ses manœuvres perfides venait de jeter la France dans une guerre néfaste, je n’ai pas hésité à offrir en sacrifice à la Révolution, non seulement ma vie, mais le dernier rempart qui me restait encore, – ma réputation. Je l’ai abandonnée, je l’ai livrée à tous les méchants, tous les imposteurs qui répandent la calomnie contre les amis du peuple, et à tous les esprits faibles qui se laissent facilement égarer. Je suis suffisamment fier pour préférer la voix de ma conscience et le respect de tous les hommes vertueux, aux applaudissements des individus frivoles et corrompus. Et même si, par mégarde, mon nom devrait être oublié, soit ! Ce n’est point l’ambition et la vanité qui me poussent à combattre tous les ennemis de la Patrie, mais l’amour de la chose publique et la jalousie de la liberté. Je ne veux aucune autre récompense que le triomphe de nos principes et la prospérité de ma patrie, et rien ne m’empêchera de remplir mes devoirs vis-à-vis d’elle.

Salut et fraternité, citoyen,
Maximilien Robespierre