Coline
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Savoir

   

Cher Maximilien,

Je me suis passionnée pour la Révolution française l'année dernière en Quatrième, et vous avez particulièrement retenu mon attention. Tout comme vous, je suis du Nord, je suis excellente élève, mes convictions sont montagnardes et je vous admire.

Je ne perdrais pas mon temps ni le vôtre à vous demander pourquoi Desmoulins fut condamné -je sais pertinemment qu'il le méritait et que justice fut faite, vous l'avez assez répété à ceux qui vous ont écrit sans s'être renseignés.

Est-il vrai qu'il courtisait madame Duplessis avant sa fille? Je trouve que Camille pleurait un peu trop souvent pour être bien sincère.

Il paraît que les murs de votre chambre sont couverts de vos portraits. Je ne donne pas vraiment de crédit à cette rumeur, formulée par un de vos adversaires, mais qu'en pensez-vous? Et, à propos de ces portraits, quel est, à votre connaissance, le plus ressemblant?

Faites, s'il vous plaît, monsieur, que ma lettre ne soit pas méprisée (vous aurez sûrement remarqué que cette phrase est reprise d'une lettre de Saint-Just, que j'admire également).

J'espère recevoir une réponse et pouvoir vous écrire à nouveau.

Avec toute mon admiration,

Coline


Ma chère Citoyenne,
 
J’apprécie bien votre lettre, tant pour les petits clins d’œil historiques que vous m’adressez, que pour votre bonne volonté de ménager mon temps en m’évitant de me répéter inutilement une énième fois, ce qui est tout à votre honneur.
 
Passons donc sans délai à vos questions. Ma chambre n’est pas tapissée de mes portraits, mais, je dois l’avouer, mes aimables hôtes ont en effet accumulé un certain nombre de mes effigies dont quelques-unes seraient assez réussies. Cependant, je vous prie de prendre en considération qu’ils sont libres de décorer leur salon comme bon leur semble, et quelles que soient mes idées là-dessus, je ne me permettrai jamais de leur en faire la moindre remarque: ils sont maîtres chez eux.

Pour ma part, j’aime bien le portrait que la citoyenne Guiard a bien voulu faire de moi et qu’elle a exposé au Salon en 1791. Je l’ai trouvée charmante et bien inspirée des Muses au sein de son atelier.
 
Par contre, je ne puis absolument rien vous dire au sujet de Desmoulins et de la citoyenne Duplessis. J’ai entendu déjà des rumeurs semblables à celle que vous rapportez, mais la chose me paraît si malsaine que je m’interdis d’y songer seulement.
 
Je reste, Citoyenne, votre dévoué et sincère concitoyen,
 
Maximilien Robespierre