Saint-Just roquet de Robespierre
       

       
         
         

Benjamin

      Monsieur de Robespierre,

Il y eu toujours dans votre ombre Saint-Just. Fut-il un fidèle roquet ou s'est-il montré homme d'intelligence?

Cela était ma première question qui, Monsieur, peut et ce à juste titre vous paraître bien discourtoise. D'autre part, durant la terreur ce fut une purge qui s'avéra nécessaire mais ne fut-elle pas simplement pour beaucoup un règlement de compte?

On ne fait pas de révolutions sans casser d'oeufs je l'admets, mais tout de même.

Bien à toi citoyen.
Benjamin
         
         

Robespierre


 
Monsieur,

Comment une idée pareille a-t-elle pu venir dans votre tête? Saint-Just, un roquet?! Pour votre gouverne, Monsieur, Saint-Just est mon ami, un ami cher que j'estime et que j'aime! Jamais je n'ai rencontré dans ma vie un être aussi extraordinaire que lui, aussi pur, aussi dévoué à la cause de la Révolution. L'esprit vif et chaleureux, l'âme élevée et sincère, il met tout son talent au service de la République, il sacrifierait tout pour elle. Même si nous partageons les mêmes principes, comment ose-t-on dire qu'une telle flamme reste dans mon ombre? Mais je suis honoré d'être éclairé par sa lumière!

La purge, un règlement de comptes, dites-vous? Entre qui et qui? Cela nécessite une précision. Si c'est de moi qui vous parlez, personnellement je n'avais aucun compte à régler avec ceux qui ont été poursuivis comme traîtres et scélérats, je n'ai rien de commun avec eux. J'ai laissé à la justice le soin de les punir.

La juste pratique du salut public n'a rien à voir avec des crimes des mandataires indignes qui, par sottise ou par perversité, abusent du nom sacré de la liberté ou des armes redoutables qu'elle leur a confiées, pour porter le deuil ou la mort dans le cœur des patriotes. Mais, en parcourant le tableau entier d'une époque trouble, je vous demande qui serait à la mesure de distinguer et mesurer, cas par cas, le zèle parfois démesuré, admettons-le, de quelques patriotes de bonne foi que l'ignorance et l'ardeur pourraient emporter au-delà de la saine politique de la révolution, des agissements des agents royalistes qui se couvrant du masque du faux patriotisme, compromettent par des applications fausses ou funestes les principes sacrés de notre révolution? Comment séparer les erreurs inévitables du civisme des erreurs calculées de la perfidie, ou encore des intérêts particuliers, des règlements personnels? Cela me paraît impossible. Lors des grands événements, la sève de la nation se confondait avec son écume, les mauvaises graines poussaient à côté des bonnes. Des abus ont existé, on ne peut en douter, comme on ne peut les quantifier.

Salut et Fraternité,

Maximilien Robespierre