F. Miville
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Reconnaissez en Aristide un digne successeur

    Je fais appel à vous, Monsieur de Robespierre, où que vous soyez, pour tout faire en votre pouvoir pour qu'Aristide revienne au pouvoir présidentiel de la République d'Haïti. Souvenez-vous de Toussaint Louverture qui vous seconda dans sa volonté d'en finir une fois pour toutes avec les ennemis de la liberté dans le monde et de les passer par tous les coupe-tête disponibles. Souvenez-vous de ce mot par lequel votre vertu parla: «périssent les colonies plutôt qu'un principe». Reconnaissez donc en Aristide, porté au pouvoir par une quasi-unanimité de son peuple, un digne continuateur de votre vertu.

Admirez surtout comment Aristide sut user, et saura user encore du supplice du père Lebrun comme vous sûtes user de la guillotine, devant le peuple rassemblé émerveillé de voir ses ennemis, ses traîtres et ses exploiteurs détruits avec le panache qui s'impose en telle solennité. Admirez aussi comment Aristide s'est imposé en tant que théologien de la libération envers et contre la papauté actuelle, de la même manière que vous vous imposâtes en tant que théologien de la Raison envers et contre la papauté de votre temps.

Hélas, le peuple français s'est par trop embourgeoisé pour rêver d'une Sparte de l'époque contemporaine, mais Haïti, dans l'extrême misère qu'il subit, fait ce rêve encore et implore que lui revienne Aristide et sa Terreur, commencement d'une sagesse à nulle autre pareille.



Monsieur,

Je pense que vous abusez de ma patience en reprenant à nouveau votre litanie pour le nommé Aristide. Lorsque vous me prêtez le pouvoir — et surtout le devoir — de le faire revenir, vous savez parfaitement que vous péchez contre le bon sens et outrez les choses jusqu'à l'absurde. Je me crois dispensé de toute réponse à ce sujet.

J'aurais pu vous dire aussi qu'il n'existe point «ma» vertu, mais LA vertu, comme il n'existe point «mes» successeurs - à quel titre en aurais-je? Mais je préfère me taire puisque l'altération perverse et spéculative des idées de la Révolution, à laquelle vous vous livrez, indique clairement que vous n'avez point l'intention sérieuse de les comprendre.

Faites-moi grâce: épargnez-moi vos incessantes prières saugrenues, et trouvez-leur un destinataire plus complaisant.

Vive la République,

Maximilien Robespierre