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Maximilien de Robespierre

     
   

Quiconque tremble est coupable...

    Je te salue, Citoyen Robespierre.

J'ai longtemps étudié ta vie, lisant tout ce qui a pu s'écrire d'important sur toi, d'après tous les historiens. Ma passion m'a poussée à lire l'intégrale de tes discours, depuis les États Généraux.

Malgré toute ma science, malgré toutes mes connaissances, je me joins à l'ensemble des historiens pour te poser cette question:

Comment un homme, rousseauiste éclairé ayant rencontré le grand homme lui-même, a-t-il pu, pour légitimer sa politique, s'écrier du haut de la tribune: «Quiconque tremble est coupable!»? Et surtout, y croire! Instaurer la Terreur! Un humaniste tel que toi... J'en perds mon latin.

Peux-tu éclairer ma lanterne?

Merci, Citoyen.



Citoyenne Zazaone, salut!

Lire tous les historiens importants, et surtout tant de mes discours... Je suis honoré et surpris par un tel intérêt envers mon humble personne, j'en suis flatté.

Mais cette lecture ne devait certainement pas être très divertissante pour toi, Citoyenne, parce que tu as perdu de vue, que «l'instauration de la Terreur» ne fit jamais partie de mes projets. Comme tant de mes concitoyens et mes collègues à l'Assemblée nationale, j'ai dû consentir aux mesures sévères que la nécessité de mener une guerre extérieure et une guerre civile terribles, l'obligation de protéger la République et ses habitants des menaces et des attaques des ennemis perfides de la liberté, exigeait. Les mesures de salut public qui sont désignés ici sous le nom de laTerreur, ont été exigées de nous par le peuple même, afin de défendre sa vie et de prévenir les attaques des agents royalistes. Pour ma part, j'ai accepté ces décisions comme une volonté et même un droit du peuple. Toutefois, je n'ai jamais dissimulé que je les considère comme des sacrifices douloureux et regrettables imposés par les ennemis implacables de la Révolution et dont la responsabilité leur incombe directement.

Quant à cette phrase qui t'étonne tant, il serait juste et bon de la citer en entier et surtout de la replacer dans son contexte, pour qu'elle devienne la logique même! J'ai dit en effet, «quiconque tremble en ce moment, est coupable», lorsque l'Assemblée avait appris l'arrestation de Danton et de ses complices. Quoi de plus logique donc que de dire que celui qui tremble au moment où les ennemis dangereux de la liberté sont démasqués et saisis par la justice, ne peut être que coupable car sa peur prouve qu'il a lui-même des raisons valables de redouter la justice et craint que le sort subi par les criminels confondus, ne lui arrive. L'innocence n'est nullement épouvantée par la justice, elle triomphe avec elle et s'épanouit en sa présence.

En espérant avoir éclairé ta lanterne, Citoyenne, et au risque de te décevoir,

Maximilien Robespierre,
partisan de la justice et de la liberté.