Jérome Vertigneul et Louis Archer
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Quel était votre but?

   

Bon, écoutez-moi bien cher Maximilien Robespierre,

Je suis étudiant à Arras (votre ville). Je suis vraiment dégoûté que cette ville honore la mémoire d'un homme comme vous, qui avez tué des milliers et des milliers de personnes.

Vous prétendez avoir apporté la liberté et toutes sortes de valeurs déjà présentes dans le christianisme que vous avez farouchement combattu (on ne sait pas pourquoi, d'ailleurs: s'opposer aux abus de l'Église sous l'Ancien Régime, pourquoi pas, mais détruire des églises et tuer des religieux....)! Eh bien, je ne vous félicite pas! Vous êtes l'un des pires tyrans que la France ait connu!

Au fond, pensez-vous avoir contribué au bonheur d'autant de gens que ceux que vous avez massacrés? Quel était votre but final?

Fort amicalement (sur le ton ironique),                                                                                                         

Jérome Vertigneul et Louis Archer



Mes chers concitoyens et fort amicaux correspondants Jérôme Vertigneul et Louis Archer,

(étudiants à Arras tous les deux, je suppose),

Pour vous répondre sur le même ton badin et désopilant, sachez que je n'ai jamais douté des bons sentiments républicains de mes chers concitoyens arrageois et de leur attachement à la révolution, et c'est bien pour cela que j'ai élu mon domicile à Paris. Je suis content d'apprendre que, d'après vous, ils ont positivement évolué depuis, et c'est tant mieux.

J'ignore certes la matière scientifique dans laquelle vous excellez, mais si, par un curieux hasard, c'était l'Histoire, deux éventualités sont alors possibles: ou bien l'on vous enseigne fort mal cette science aimable, ou bien c'est de cette manière-là que vous l'apprenez.

Loin de moi l'idée de me substituer à vos professeurs et de donner un coup de balai à ce tas de niaiseries que vous vous êtes donné la peine de me rapporter. J'avoue apprendre, grâce à vous, bien des choses sur ma vie, que j'ignorais ce matin encore, et vous m'obligeriez grandement, mes chers concitoyens, si vous me produisiez la moindre preuve de ce que vous avancez. Dieu seul sait d'où vous sortez que j'aurais jamais assassiné «des milliers de gens», alors que j'exerce un métier des plus pacifiques du monde en parfaite conformité avec ma nature paisible et douce, ou que j'aurais jamais combattu le christianisme, alors que j'ai toujours combattu l'athéisme et ai toujours défendu la liberté de cultes, et c'est une évidence même que jamais je n'aurai approuvé des excès du genre de ceux dont vous parlez.

Quant à mon but final – vous voulez certainement parler de mon but en tant que représentant du peuple français-, eh bien, la réponse à cette question est encore plus évidente, et je m'étonne que vos professeurs ne vous l'aient point apprise. Je crois avoir déjà affirmé plusieurs fois que mon but ne différait point de celui pour lequel la nation m'avait envoyé siéger à la Convention. J'aspire à la même chose à laquelle aspire tout le peuple français, à la jouissance paisible de la liberté, de l'égalité et de la justice, sous le règne de la constitution et des droits de l'homme, à l'ordre des choses où la patrie assurera le bien-être de tout individu et où chaque individu jouira avec orgueil de la prospérité et de la gloire de la patrie.

J'espère, messieurs, avoir pleinement apporté satisfaction à votre requête. Je vais maintenant prendre congé de votre aimable compagnie, en vous souhaitant bien du courage dans la conquête du savoir. Et si vous vouliez bien passer de ma part un cordial bonjour à la bonne ville d'Arras, je serais votre obligé débiteur,

Maximilien Robespierre