Lili
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Proposition indécente

   

Bonjour citoyen Robespierre, ou plutôt devrais-je vous appeler Maximilien?

Mon message sera bref. Même si je n'adhère pas tout à fait à vos idées qui vous ont fait commettre des actes que l'on ne peut cautionner, je ne peux m'empêcher de penser que vous êtes (étiez?) quelqu'un de respectable. J'aime les gens qui ont des idéaux et qui vont au bout de leurs idées, quitte à choquer. Certains vous voient comme un monstre? Hypocrisie que cela! Je ne connais aucun personnage politique qui ne serait prêt à se transformer en monstre sanguinaire s'il était assuré de faire appliquer ses idées.

Ma question est la suivante: croyez-vous que vous auriez pu m'aimer si nous nous étions rencontrés? Je tiens à préciser que je n'ai pas pour habitude d'idolâtrer les hommes que je fréquente. Je n'hésite pas à les remettre à leur place et à critiquer leur façon d'agir si je ne suis pas d'accord avec eux. Je déteste être en accord complet avec ceux qui partagent ma vie. Alors je crois, moi, que nous aurions très bien pu nous entendre. Je ne vous aurais ni idolâtré, donc, ni méprisé, ni (surtout) craint. Je suis sûre que vous n'avez pas rencontré beaucoup de personnes qui demeuraient naturelles face à vous.

Je pense, à juste titre, je crois, que j'aurais mieux fait l'affaire que cette Eléonore Duplay qui vous a pleuré le restant de ses jours. La Folle!

Bien à vous, et au plaisir (très vif) de vous rencontrer après ma mort,

Lili 


Chère Mademoiselle,

Sans vouloir vous offenser, sachez que je trouve votre proposition bien amusante, et que ce n'est pas la première fois que j'en reçois de pareilles. Je ne la crois donc ni indécente ni choquante, surtout que votre message, malgré son ton désinvolte, trahit plutôt de la puérilité -si vous croyez sérieusement que l'on puisse aimer quelqu'un sans l'avoir jamais vu, juste d'après quelques lignes écrites- et plutôt votre inexpérience en amour -si vous croyez que ce sentiment sublime puisse être conditionné. Quant à moi, j'ai toujours cru que si l'on aime, ce n'est pas pour ce qu'est la personne aimée, mais au contraire, malgré ce qu'elle est.

Par contre, Mademoiselle, vous m'obligeriez grandement si vous vous absteniez d'émettre à propos de Mademoiselle Duplay -pour laquelle je nourris des sentiments bien respectueux et que vous n'avez point l'honneur de connaître- des jugements tant inconsidérés qu'infondés, tant pour elle que pour moi.

Veuillez accepter mes hommages, Mademoiselle,

Maximilien Robespierre