Pourquoi avoir guillotiné Hébert ?
       

       
         
         

Ysengrim Hébert

      Sieur de Robespierre,

Je suis un descendant direct de Jacques René Hébert et de la fille ainée du Général Rossignol. Le Comité du Salut Public guillotina mon aïeul et ses partisans sous vos ordres, démantelant de ce fait la sans-culotterie qui vous avait tant aidé à pulvériser les girondins et leurs suppots de la calotte et de la culotte... Pourquoi vous en être pris ainsi à votre avant-garde de génie, à l'âme hébertiste de la Montagne, en accord avec les Indulgents, les Dantons, les Desmoulins, les traîtres?...

Ysengrim Hébert


  



  

Robespierre


 
Citoyen Ysengrim Hébert, puisque tel est votre nom,

Je suis fort étonné d'avoir affaire à un descendant DIRECT d'Hébert portant son nom, car j'ai entendu dire que Hébert se maria avec la fille Goupil, ex-religieuse, dont il a eu une fille. Voyez-vous, la transmission du patronyme passe habituellement par les garçons...

Mais laissons de côté ces considérations de genre privé, car peu nous importe la vie privée de tel ou tel. Je vous paraîtrai cruel, peut-être, parlant de votre ancêtre, mais je tiens à vous répondre, car je retrouve dans votre question les idées reçues largement répandues dans la littérature qualifiée historique.

Vous vous trompez triplement lorsque vous accusez le Comité de Salut Public d'«avoir guillotiné Hébert sous mes ordres», lorsque vous qualifiez Hébert d'«âme hébertiste de la Montagne», lorsque vous prétendez que j'avais pactisé avec Danton et les siens contre les cordeliers.

Si l'on nous accuse de démasquer quelques traîtres, comme Hébert et ses complices, qu'on accuse la Convention soutenant ses Comités de salut public et de sûreté générale qui les a découverts, qu'on accuse la justice qui les a condamnés, qu'on accuse le peuple qui a salué leur punition.

Même si quelques députés égarés se prétendaient être des siens, Hébert ne peut avoir rien de commun avec la Montagne, ne siégeant pas à la Convention. Loin de cela. Nul n'osera nier qu'Hébert et ses complices ont cherché à allumer des querelles religieuses dans le pays déchiré par la guerre fratricide, à persécuter les esprits faibles et légers, en multipliant le nombre des mécontents, à affamer le peuple en déclarant la guerre à toute sorte de commerce! Professant ouvertement l'athéisme, ils se sont rendu coupables des violences contre le culte, des emprisonnements des vrais patriotes; ils voulaient avilir la Convention, rendre la représentation nationale ridicule et insupportable. Hébert est allé jusqu'à attaquer la Convention et le Comité de Salut public, en appelant ouvertement à la révolte contre l'assemblée nationale, voulant l'égorger, mais son plan a échoué. Qualifieriez-vous des agissements pareils comme un soutien précieux de notre politique de salut public? Comment pouvions-nous laisser impunie une telle félonie?

Pour ma part, je refuse de considérer comme étant patriote une clique, quels que soient son nom, sa forme et son langage, qui menace la liberté, qui voue le pays au désordre, au déchirement et à la merci des agents de l'étranger. Hébert n'était qu'un démagogue habile qui se servait des patriotes afin de se projeter sur la scène politique, afin de régner après leur complet anéantissement. S'il attaquait les aristocrates, c'est pour mieux perdre les patriotes. Cet ennemi des banques soupait chaque soir avec des banquiers.

Mais jamais le gouvernement révolutionnaire ne tomberait si bas que d'abuser d'une des deux factions en cherchant son appui contre l'autre. Malgré toutes leurs querelles ostensiblement affichées, les deux poursuivent le même but, menacent la république et cherchent à étouffer la liberté entre leurs crimes. Le gouvernement révolutionnaire les dénonçait aussi bien l'une que l'autre. Avertissement à qui veut l'entendre... Si la deuxième clique pensait trouver dans l'anéantissement de la première une victoire pour elle, elle s'est cruellement trompée.