Flore
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Peur de la guillotine

    Citoyen,

Haïssiez-vous vraiment le roi et la reine et leur famille?

Si les frères du roi, les comtes de Provence et d'Artois n'avaient pas réussi à émigrer à l'étranger, auraient-ils été condamnés à mort, eux aussi, je veux dire, auraient-ils été guillotinés?

Vous, n'avez-vous jamais peur de la guillotine?

N'avez-vous jamais regretté la mort de Camille Desmoulins et de Danton?

Respectueusement,

Flore



Citoyenne Flore,

Comment voulez-vous que je sache l'avenir des frères du roi, s' ils avaient fait ou n'avaient pas fait telle ou telle chose? Je ne sais pas tirer les cartes, je n'ai en ma possession aucun cristal magique ni un autre ustensile de ce genre. Tout ce que je peux dire - et il ne faut point être magicien pour le savoir - c'est que s'ils avaient continué à se monter ennemis du peuple et à conspirer contre la liberté, assurément, ils auraient fini par être condamnés.

Je ne nourris aucun sentiment personnel à l'encontre de la famille royale, et j'ai encore moins à regretter les actes de la justice nationale.

Citoyenne, tout ce qui cause la mort nous effraye, et ceci est absolument humain. Seulement, il faut avoir peur plutôt de commettre un forfait qui nous y condamnerait. L'innocence persécutée ne craint pas la mort car elle a sa conscience pure pour la consolation, seule l'opprobre du crime me serait terrifiant.

Salut et fraternité,

Maximilien Robespierre