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écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Peine de mort

    Citoyen,

J'ai appris que vous aviez proposé l'abolition de la peine de mort en 1789 au début de cette révolution. Or, pendant les années 1793 et 1794, lorsque vous étiez l'homme le plus puissant de France, on a décapité plus de gens qu'en n'importe quelle autre période de l'histoire. Le regrettez-vous?

Grégory Dunham



Citoyen Dunham,

Pour être précis, j'ai proposé à l'Assemblée constituante l'abolition de la peine de mort, fin mai 1791. Je n'ai jamais dissimulé ma grande répulsion pour ce châtiment cruel et inutile, et je ne puis que regretter de ne pas avoir été suivi par mes collègues de l'Assemblée. Que dis-je! il s'en est trouvé bon nombre pour qui parler de la clémence judiciaire signifiait prêcher le brigandage. Je suis néanmoins persuadé qu'un jour cette horreur sera à jamais bannie de notre constitution et de nos codes.

Quant à votre assertion qui fait de moi «l'homme le plus puissant de France», non seulement vous reproduisez ici les invectives de mes calomniateurs, mais vous insultez par la même toute la nation française, seule souveraine dans ce pays. Dire qu'un individu est plus puissant que la représentation nationale, c'est bafouer l'honneur de cette dernière, c'est avilir le peuple! De plus, votre affirmation est bien gratuite, et je vous défie de démontrer où vous mettez ma puissance. Ce n'est point la première fois que je me vois lancer des inculpations aussi ineptes, sans qu'un seul de mes détracteurs puisse articuler la moindre preuve des dires avancés.

Je ne me crois pas un fin connaisseur de l'histoire de l'humanité, mais je doute fort que la révolution en soit la période la plus meurtrière. Allez donc, avant de le prétendre, consulter les annales sanglantes de la royauté écrasant des soulèvements populaires, opprimant des nations entières. Lisez, à loisir, les chroniques des dictatures militaires et des guerres où des centaines de milliers d'hommes sont immolés sans pitié et sans état d'âme, pour la vanité criminelle d'un général; et cela nous est présenté comme le génie militaire et l'objet d'une gloire nationale! La révolution n'a frappé que les ennemis responsables des malheurs de la patrie, les traîtres qui conspiraient perfidement sa perte et qui appelaient sur eux une punition bien méritée. Que dois-je donc regretter? Regretterais-je que les criminels ont payé pour leurs forfaits? Non. Qu'il y eût tant d'ennemis implacables du peuple, tant de haine envers notre république qui ne voulait que la liberté et l'égalité fraternelle des hommes, et qui s'est vue obligée de recourir aux mesures si rigoureuses afin de s'assurer des scélérats et des traîtres? Oui.

Je m'arrête là, car j'ai déjà traité plusieurs fois les sujets abordés dans votre missive. Je vous renvoie à plusieurs de mes réponses, sur Jean-Jacques Rousseau ou celles intitulées «Dictateur», «Cruel», «Ta volonté de dictature», etc.; vous y trouverez tout développement nécessaire.

Vive la République,

Maximilien Robespierre