Yani
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Mort de Louis XVI et appellatif «monsieur» 

   

Monsieur de Robespierre,

Je vous remercie de votre réponse, bien qu'elle soit quelque peu tardive. C'est, de toutes manières, ma faute: la question n'avait que peu de sens et d'importance, puisque cela doit bien faire trente ans, pour vous, depuis la perte de la Nouvelle-France. Pour ce qui est du peuple Canadien envers la République, vous avez totalement raison: l'opinion publique, quoique favorable au début, a vite été défavorable à la Révolution, surtout après les massacres, la déportation des prêtres réfractaires (je crois même que certains de ces prêtres se sont installés au Canada) et le procès du roi, puisque les Canadiens de l'époque étaient encore très attachés à la royauté et à l'Église. Mais pour ma part, je crois sincèrement que la Révolution et la République ont été deux des plus grands principes de l'histoire de l'humanité.

J'ai une question qui, pour un français, semble bien évidente. J'aimerais donc savoir si les révolutionnaires se sentent insultés lorsque l'appellatif «Monsieur» est utilisé envers eux, et si c'est le cas, veuillez m'en excuser.

Comme vous je suis pour la République. Mais je m'oppose à la peine de mort. Ne croyez-vous pas que le roi aurait pu être déporté, emprisonné, ou subir un tout autre châtiment, plutôt que la mort?

Vive la République!


Citoyen,

Il n'y a pas de doute que le peuple avait le droit de traiter Louis XVI en ennemi et rebelle, et qu'il méritait la mort en tant que tel. Mais même si la République avait voulu être magnanime vis-à-vis de ce roi, son ennemi, elle ne pouvait guère l'épargner car il en aurait été de sa propre existence. J'en ai parlé à la Convention lors du procès de Louis XVI. Je n'ai jamais caché mon hostilité à la peine de mort et j'ai rappelé encore ce jour-là à mes collègues que je ne voterai la mort de Louis que parce que la vie de la nation est sur la balance. Vous savez que nous sommes depuis avril 1792 en guerre avec plusieurs puissances qui se battent pour rétablir Louis Capet sur le trône et écraser la République. Si nous avions exilé le roi, nous aurions fait un trop cher cadeau à la coalition des tyrans en leur rendant l'objet de leur croisade sanglante, et à l'armée des royalistes en leur rendant leur chef légitime. Si nous l'avions détenu en prison, il aurait continué à demeurer, au-delà même de ses ambitions personnelles, le symbole puissant pour la contre-révolution. Donc, la vérité fatale est que Louis devait mourir pour que vive la République.

Quant aux titres «monsieur» et «madame» d'autrefois, il est vrai qu'ils ne sont plus utilisés en République, et certains patriotes ne tolèrent guère qu'on les appelle ainsi, ni qu'on les vouvoie. Pour ma part, je m'honore du titre de citoyen, mais je ne ferai pas pour autant la guerre aux mots. La faire aux aristocrates et aux contre-révolutionnaires me paraît infiniment plus important. Vous n'avez donc pas à vous en excuser avec moi.

Vive la République!

Maximilien Robespierre