Anaïs
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Madame Elisabeth

   

Monsieur de Robespierre,
 
Pourquoi avoir condamné la soeur de Louis XVI, Madame Elisabeth, à la guillotine? Qu'avait-elle donc fait à la France? Est-il exact que vous ayez envisagé d'épouser la fille du défunt Roi, Madame Royale?
 
Mes respects,

Anaïs



Madame,

J’ai déjà dit que je ne crois pas la punition de la sœur du tyran aussi -ou plus- importante que celle du tyran lui-même ou de sa méprisable compagne, car je n’aime pas qu’on multiplie les menus coupables. Mais je n’oublie pas non plus qu’elle connaissait les intentions liberticides de Louis et d’Antoinette, et continuait à vivre près d’eux, sans dire qu’elle avait partagé de plein gré leur tentative d’évasion. Mais son rôle ne se bornait pas à suivre passivement le roi; l’on a découvert pendant le procès de la reine qu’Elisabeth entretenait une correspondance avec les princes émigrés, et leur a même fait passer ses propres joyaux! Or, nul n’ignore à quelle cause se dévouent lesdits princes, ni à quoi serviront lesdits bijoux. Alors je crois que les raison de sa condamnation sont plus que claires.

Quant à sa nièce, deux fois plus jeune que moi, c’est une plaisanterie, j’espère, que de me prêter des projets matrimoniaux la concernant? Il va sans dire que je n’éprouve pour elle aucun sentiment de nature de ceux qui poussent les hommes et les femmes à s’unir, et de plus, je ne partage point, à l’insu de Danton et de bien d’autres, cette manie de prendre pour femme des fillettes encore en jupe courte plus propres à jouer à la poupée qu’à être la gardienne d’un foyer. Je m’empresse donc de vous rassurer sur ce point: la femme que j’épouserai un jour n’aura point l’âge qu’aurait pu avoir ma fille.

Mes hommages, Madame.

Maximilien Robespierre