Anaïs
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Louis-Charles Capet

    Monsieur de Robespierre,

J'aimerais comprendre pourquoi vous avez toléré qu'on sépare le jeune Louis-Charles Capet de sa famille. Vous en vouliez à Louis XVI et à Marie-Antoinette pour ce qu'ils ont fait au peuple de France mais pourquoi séparer un enfant si jeune et si innocent de sa mère? Certes, vous aviez peur qu'elle l'élève comme un roi et qu'elle le monte contre la République, mais ne pouvait-on pas lui permettre de revoir son fils de temps en temps tout en étant surveillée? Marie-Antoinette est montée sur l'échafaud sans avoir revu son fils, n'est-ce pas cruel?

Et surtout Monsieur, pourquoi à partir de janvier 1794 avoir totalement isolé Louis-Charles? Qu'a donc fait cet enfant si jeune pour mériter un tel traitement? Il ne voit plus la lumière du jour, ne voit plus personne, vit dans des condition déplorables et inhumaines. De quel droit s'en prend-on à un petit garçon de cet âge qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui voit son monde s'écrouler autour de lui? Pourquoi ne pas le ramener auprès de sa soeur Marie-Thérèse?

Mes respects,

Anaïs

Madame,

Je voudrais qu'il soit clair une bonne fois pour toujours: premièrement, je n'éprouve aucun ressentiment personnel envers Louis et sa femme, deuxièmement, je ne suis nullement chargé de la surveillance de la famille Capet. Leur garde incombant à la municipalité de Paris, je ne suis donc pas particulièrement appelé à prendre des décisions les concernant. Ce qui ne signifie pas que je ne puisse intervenir dans cette affaire si cela semblait nécessaire, mais ce qui signifie que je n'ai pas l'oeil fixé sur la situation de cet enfant.

En outre, il ne semble pas aux dernières nouvelles, qu'il se passerait dans le Temple quelque chose d'alarmant, mais même si quelques mesures restrictives ont été prises provisoirement, la sécurité des prisonniers les a sûrement exigées, car je ne crois pas que le but de la Commune soit de martyriser ce garçon.

Maintenant, si vous voulez mon opinion personnelle, j'approuve la décision de séparer le jeune Capet de sa mère justement parce qu'il est jeune et innocent, et de le confier à un précepteur aux convictions républicaines bien fermes parce que ce garçon vivra dans une république alors que le procès de sa mère était imminent, et si comme juriste, je la présumais innocente jusqu'à ce qu'elle soit déclarée coupable, comme républicain, je n'avais aucun doute de sa culpabilité. Je ne saurai donc décider ce qui serait plus cruel si le mot convient: enlever l'enfant à la mère, ou la mère à l'enfant, mais leur séparation était nécessaire et inévitable. De même, je ne crois pas possible de le confier à sa soeur car elle-même est encore trop jeune pour assurer son éducation; par ailleurs, vous vous doutez que le républicanisme de la fille Capet, comme du reste de sa famille, laisse grandement à désirer.

Ne me croyez pas pour autant insensible, mais n'oubliez pas non plus, je vous prie, qu'il y a malheureusement en France des milliers d'enfants dont les parents sont tombés sous les coups de l'ennemi en défendant la patrie, et qui vivent dans la misère. Ainsi, je ne puis comprendre cette attention particulière pour le fils de Capet, et je ne puis penser à un seul enfant plus qu'aux autres.

Vive la République!

Maximilien Robespierre