Timothé
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Le vrai du faux

    Cher Robespierre,

La Révolution française est pleine de bonne idées mais pensez-vous que la Terreur ait été nécessaire? J'ai appris, par exemple, qu'on pouvait être amené à l'échafaud pour avoir crié «vive le roi!» ou bien encore que des jeunes filles de la noblesse, à peine âgées de 16 ans, furent exécutées, sous prétexte d'avoir des serviteurs et un château. Que pensez-vous de ça? Vous avez même été plus loin, en ayant voulu instaurer une nouvelle religion, appelée, «le culte de l'être suprême». Et puis votre devise, «Liberté, égalité, fraternité» est bien jolie mais peut-être faudrait-il penser à l'appliquer.

Ma lettre n'est pas hostile. Je souhaite juste débattre avec vous de ce que j'ai entendu.

Merci,

Timothé

Cher Timothé,

En effet, il y a dans ce message bien des choses où le vrai doit au plus vite être distingué du faux!

Je ne pense pas que le seul crime de ceux qui sont tombés sous le glaive de la loi, était le fait d'avoir eu des serviteurs ou un château. Quand bien même quelques excès auraient pu avoir lieu, aussi déplorables et condamnables soient-ils, ils ne peuvent rien ôter à la légitimité qu'à la République de s'occuper de ceux qui conspirent pour sa perte. Oui, et je l'ai déjà dit maintes fois, à notre grand regret la République n'a pas eu d'autre choix, pour se défendre, que de recourir à des mesures sévères pour terrasser ses ennemis et porter la terreur dans leur cœur. Nous nous devions d'être terribles pour éviter au peuple de l'être.

À propos de l'Être suprême, je l'ai aussi dit maintes fois, il ne s'agit nullement d'une nouvelle religion ni de quelques désir ou croyance personnels. La Convention nationale a par le même décret réaffirmé la liberté des cultes, et la Convention nationale ne dira jamais le contraire. Toutefois, les fanatiques n'ont rien à attendre de nous car en promulguant le culte de l'Être suprême, les représentants du peuple n'ont point agi en philosophes afin de privilégier telle ou telle doctrine vague et stérile. Non, ils ont agi en législateurs, ne prenant en considération que ce qui est utile au monde et bon dans la pratique. Toute institution, toute doctrine qui console et qui élève les âmes, doit être accueillie. L'idée d'un Grand Être consolateur et justicier, porteur et garant de la morale, est naturellement utile au bien public, elle fait élever les âmes et veille sur l'humanité; rendant les hommes meilleurs, elle est donc républicaine. Ce culte civique n'est pas une religion, il n'est autre chose que le respect des lois de la morale et des valeurs universelles, et n'a pas d'autres prêtres que la nature.

Quant à «ma» devise «Liberté, égalité, fraternité», je n'en récuse pas la «paternité». Mais je n'en tire aucune gloire si ce n'est celle d'avoir formuler une idée que les cœurs de tous les patriotes entendent.

Vive la République!

Maximilien Robespierre