Markus
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Le sort de Damiens!

    Citoyen Robespierre,

Qu'en pensez-vous du supplice infligé à François Robert Damiens pour un petit coup de canif fait à Louis XV? Plus de vingt assistants bourreaux furent sur lui, acharnés comme des charognes sur une proie, une exécution ignoble d'un autre âge.

Je sais que vous n'étiez pas encore né à cette époque, mais je pense que ce crime était célèbre et même de nos jours on en parle encore. J'aimerais savoir si un membre de la Convention a pensé à Damiens lors du procès du roi Louis XVI? Plus de sept cent députés qui se sont rassemblés pendant plusieurs jours pour voter le sort de Louis Capet, me fait étrangement penser aux bourreaux qui s'acharnaient sur Damiens, vingt-trois assistants bourreaux, rien que ça!

Les députés de la Convention et vous-même qui aviez voté la mort du roi et vous êtes rendus ainsi coupable de régicide aux yeux des royalistes, aviez-vous songé aux conséquences que ceux-ci représentaient si les Bourbons venaient à reprendre le trône et qu'ils restauraient l'ancienne loi pénale, à savoir l'écartèlement, un supplice suprême réservé aux régicides? Croyez-vous que les Bourbons sont capables d'une telle primitivité absolue, exécuter plus de huit cent députés par cette méthode barbare d'une autre époque? La Terreur fut-elle instaurée en 1794 par peur d'un retour vers la monarchie absolue?

Vous-même, Avez-vous eu peur d'un retour probable de l'ancien régime?

Je vous remercie pour votre réponse.

Bien à vous.

Markus

Citoyen,

Je ne saurai naturellement répondre à quoi pensaient les sept-cent cinquante députés pendant le procès de Louis XVI. Quant à moi, je n’avais pas à l’esprit l’affaire Damiens. D’ailleurs, je crois devoir vous dire que je trouve votre comparaison du procès du roi et de l’exécution de Damiens plus que douteuse.

Condamnant le roi, nous avions une République à fonder, et c’est à elle, et non point aux poignards des royalistes, que tous les républicains devaient songer à ce moment. Donc, si j’ai en horreur l’idée d’un retour éventuel des nobles, ce n’est point par peur pour ma propre personne, mais par désespoir de voir alors la cause de la République anéantie. Car le retour des tyrans signifie que les droits de l’humanité portés par la Révolution, sont perdus, la liberté est morte et le règne de la justice et de l’égalité effondré. Qu’importerait donc le sort des députés «régicides» face au malheur du peuple français replongé sous le joug des anciens despotes? Conscients de ce danger, nos soldats se battent contre les armées des tyrans qui aspirent à rétablir le trône, et nous ferons tout pour que la République ne périsse point sous les coups de ses ennemis, ou nous périrons avec elle.

La liberté ou la mort!

Maximilien Robespierre