Sylvie
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Les mosquées et l’affaire du foulard

    Citoyen!

Je suis une républicaine, patriote, un peu royaliste sur les bords. Tout d’abord, je me permets de vous écrire pour vous demander ce que vous pensez de la construction de mosquées à Marseille, à Paris et dans d’autres villes françaises. Ne pensez-vous pas, citoyen Robespierre, que c'est très dangereux pour la défense de notre identité nationale et qu’il faudrait préserver tout d’abord les acquis de 1905 (loi de séparation des Églises et de l’État)?

Que pensez-vous aussi de l’affaire du foulard islamique dans les écoles, les universités, les lieux publics et privés comme le gîte des Vosges tenu par la citoyenne Truchelut, persécutée par d’ignobles islamistes? Auriez-vous toléré la mainmise islamique dans le sud de la France?

Je ne le pense pas, car vous êtes un homme intelligent, intègre et prêt à se battre pour la grandeur de la France tout comme le général de Gaulle, originaire de votre belle région du Nord-Pas-de-Calais. N’oublions pas que le général de Gaulle a dit en 1958: "Je vous ai compris", mais aussi "La France aux Français! L’Algérie aux Algériens!", et malheureusement, au lieu d’avoir la France française, on aura bientôt la France algérienne. Si on laisse l’islam prendre la place du christianisme en France, il y a danger pour nous de se retrouver musulmans un jour.

Citoyen Robespierre, dites-moi ce qu’il faut que l’on dise à nos hommes politiques pour que la France retrouve sa grandeur de nation européenne et chrétienne!

Aussi, j’aimerais savoir si votre père, qui est mort en Allemagne près de la frontière autrichienne à Munich, n’aurait pas épousé une dame Schikelgruber originaire de Braunau-am-Inn? Car si cela se vérifie, vous seriez l’arrière-grand-oncle d’Adolf Hitler.

Comment je sais cela? Un journal affirme que vous seriez de la famille de Hitler et que ce dernier vous vouait une grande admiration. Ce salopard haïssait les juifs, les catholiques, les Vendéens, les Slaves.

J’aimerais savoir si vous êtes de la famille de ce nazi?

Merci pour vos conseils.

Salut et fraternité!

Sylvie
membre du Mouvement pour la France



Citoyenne,

Il y a dans votre courrier trop de choses qui sont de votre temps que je ne suis pas en mesure de connaître, ne vivant point à la même époque que vous. Je ne me risquerai donc pas de me prononcer sur des sujets sur lesquels je ne dispose et ne disposerai jamais que des opinions des autres, comme je ne discuterai point sur le fait que vous arriviez à vous dire à la fois «républicaine» et «un peu royaliste sur les bords» (?), ces deux choses-là étant incompatibles par nature.

Les questions sur la religion que vous me posez concernent les cas particuliers. Or, pour citer mon cher ami Saint-Just, en toute chose, il faut poser le principe. C’est ce principe que je me propose de poser ou plutôt de rappeler. Ce principe, Citoyenne, est tout simple et annoncé par l’article X de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen: «Personne ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses pourvu que leur expression ne trouble pas l’ordre public établi par la loi». Par cet article, la Déclaration proclame la liberté de conscience et, comme toute liberté, elle ne peut exister sans la condition de réciprocité, la liberté d’un individu s’arrêtant là où commence la liberté d’un autre. Ainsi, si nul ne doit être inquiété pour ses opinions religieuses, nul n’en doit être privilégié et nul ne peut en imposer aux autres.

Également, la Déclaration renvoie l’exercice d’un culte à l’ordre privé et non public; le pouvoir public n’a, ne peut et ne doit pas avoir d’emprise sur le choix que la conscience dicterait aux hommes, tout comme la religion n’a, ne peut et ne doit avoir d’autre espace d’expression que la sphère privée ou un lieu réservé exclusivement au culte. Si le peuple français reconnaît l’existence d’une puissance créatrice suprême et l’immortalité de l’âme -et la France n’est pas un état athée, la France n’est pour autant ni chrétienne ni juive ni musulmane. Les croyances, quelles qu’elles soient, n’ont de place que dans l’âme des croyants et ne doivent en aucun cas avoir d’ingérence dans le domaine public.

Pour appliquer sans difficulté ce principe aux situations qui vous inquiètent, résumons que si une lubie prenait un jour les Français d’embrasser l’islam, nul ne pourrait les censurer. Mais rappelons aussi qu’aucune mainmise de fanatisme religieux de quelque nature que ce soit, sur l’espace public, n’est à tolérer.

Les grands principes des droits de l’homme, c’est la seule chose sur laquelle il convient d’attirer l’attention de vos hommes politiques si jamais ils les perdaient de vue. Je suis persuadé que la France n’a guère d’autres sources de grandeur que ces lois éternelles qu’elle a osé adopter face au monde des tyrans et qui précèdent fièrement sa constitution. Quelle autre identité nationale aurait la nation française sinon son amour de la liberté et sa fidélité aux principes de la raison?

Quant à votre question sur mon père, c’est à lui qu’il faudrait l’adresser, car nous ignorons ce qu’il est devenu, mes tantes n’ayant eu de lui aucune nouvelle depuis plus de vingt ans. Maintenant, à supposer qu’il eût laissé une descendance en Allemagne dont ce «Hitler» dont vous me rebattez les oreilles, premièrement, ce n’est point moi qui serais de sa famille, mais lui serait de la mienne et, par conséquent, il aurait porté notre nom de famille si mon père avait réellement épousé cette dame au nom imprononçable dont vous me parlez. Or, cela ne semble pas être le cas. Deuxièmement, et toujours à supposer que cela eût été vrai, qu’en aurais-je à faire et en quoi cela me rendrait-il responsable de n’importe lequel de ses actes? Enfin -et je vous invite à vous en renseigner mieux- je serais fortement étonné d’avoir inspiré «une grande admiration» à cet individu comme vous me le décrivez, car ses convictions affichent un mépris évident pour l’humanité et ses droits. Or, je viens de vous évoquer les grandes lois de la nature et de la raison que la nation française a faites siennes et je donnerais ma vie pour qu’elles puissent triompher partout dans le monde.

Enfin, Citoyenne, je me permettrai de vous faire remarquer que vous êtes à un âge où l’on ne croit plus aveuglement à toute chose que rapportent les journaux sans exercer sur elle auparavant le jugement de sa propre raison. Nous ne connaissons, hélas, que trop bien tant les sources dans lesquelles les chroniqueurs puisent leurs «révélations» que les buts qu’ils poursuivent. Votre journaliste n’est en rien original d’ailleurs, car ce n’est point la première fois que les journaux se penchent sur ma famille; il n’y a pas longtemps de cela que toute la presse royaliste étalait complaisamment les histoires de ma prétendue parenté avec le malheureux Damiens. Vous comprendrez, j’espère, que ces nouveaux racontars ne valent guère mieux que les anciens ou plutôt qu’ils se valent les uns les autres.

À présent, moi aussi, j’aurais une question à vous poser. Le citoyen Saint-Just, que vous avez à son tour honoré de votre attention, m’a montré votre missive où vous me trouvez bien des ressemblances avec ce «Hitler» dont il a été grandement question plus haut et que vous avez bien voulu traiter de «salopard», pour vous citer. Or, toujours pour vous citer, vous m’avez qualifié dans la présente lettre d’homme «intelligent, intègre et prêt à se battre pour la grandeur de la France». Dites-moi franchement donc, dans laquelle de ces deux lettres êtes-vous sincère? J’ai certes compris dès la première phrase que vous étiez pleine de contradictions, mais je souhaite lever celle-ci.

Dans cette attente et avec mes salutations distinguées,

La liberté ou la mort !

Maximilien Robespierre