Barth
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Les Girondins

    Bonjour cher Robespierre,

Je dois vous dire que j'ai beaucoup d'estime pour vous, mais j'aime aussi beaucoup les Girondins! Eh, oui vos «ennemis». Ma question est la suivante: pourquoi avez-vous fait guillotiner ces pauvres Girondins que vous accusez de faire du «Fédéralisme» et de vouloir affamer le peuple! N'est ce pas un faux procès que vous leur avez fait? N'est-ce pas un peu de la calomnie de votre part? Vous avez monté les sans-culottes contre eux pour les destituer de leurs fonctions mettant ainsi leurs mandats de représentants de peuple à bas! Oh là vous allez dire que vous n'y êtes pour rien et c'est Amar, c'est Billaud-Varennes, c'est Collot d'Herbois et compagnie etc... Ok, d'accord mais c'est vous le chef des montagnards et vous le président du CSP et vous avez de l'influence sur le tribunal révolutionnaire.

Pourtant vous étiez les amis de Pétion, de Brissot et de Buzot, vous avez beaucoup aimé Pétion que vous avez loué comme le seul «vertueux». Buzot et Pétion ont été vos compagnons pendant la constitution, que s'est-t-il donc passé alors? La question de la Guerre qui vous a séparés? Ou est-ce le fait qu'ils étaient tout-puissants pendant la législative qui vous a fait changer d'avis sur eux? Mais tout de même ils ne méritent pas la Mort ces pauvres Girondins et les autres, traqués comme de vulgaires assassins!

En bref, Robespierre, je vous aime mais, concernant les Girondins, vous avez été un peu fort, ils sont loin d'être les ennemis du Peuple .

Dans l'attente de votre réponse, un grand bisou à vous

Barth



Cher ami,

Je vous remercie de l'estime que vous voulez bien me témoigner quoique vous deviez vous forger une fausse image de moi si vous imaginez pouvoir associer cette estime avec le respect que vous avouez porter à la faction de Brissot.

Sachez que vous avez tort de me supposer capable de désigner les autres à ma place pour répondre aux accusations; je n'ai point habitude de fuir mes responsabilités lorsqu'elles m'incombent réellement. J'ai combattu les brissotins et j'en suis fier. Toutefois, je n'ai non plus la vocation d'endosser les responsabilités qui ne sont guère les miennes, c'est pour cela que je me dois de rectifier certaines affirmations erronées que vous avancez dans votre courrier. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.

Dire que je suis «le chef des montagnards», c'est insulter la Montagne. Seules les factions comme celle des girondins ont des chefs pour tramer des complots et fomenter des intrigues; la Montagne, composée de vrais patriotes représentants du peuple, n'obéit qu'à sa conscience, n'a point de chefs et n'en a point besoin.

Dire que j'ai une quelconque influence sur le tribunal révolutionnaire, c'est avilir et anéantir la justice révolutionnaire, car cela voudrait signifier qu'un seul individu serait en mesure d'imposer ses opinions aux délibérations impartiales des magistrats et des jurés. Et comment pourrais-je imposer les miennes aux juges qui ne sont censés faire autre chose que d'appliquer la loi? et comment serais-je parvenu de commander aux consciences des jurés?

Enfin, dire que je suis «le président du comité de salut public», c'est vouloir plaisanter car apprenez qu'il n'y a jamais eu de «président» au comité!

Si j'étais lié avec Pétion ou Buzot, c'est que je les ai crus patriotes. Lorsque j'ai compris la nature anti-populaire de leur politique, je les ai dénoncés. Mais je n'ai point «monté les sans-culottes» contre les girondins, car prétendre une chose pareille, c'est supposer que le peuple peut être manipulé au gré d'un seul; c'est abaisser le peuple. Le peuple est souverain, il a le droit de contrôler ses représentants, il a le droit de désavouer les mandataires infidèles. Les sans-culottes ne sont point dupes, ils n'avaient qu'à comparer les vérités que je leur annonçais, avec la véritable politique de la Gironde. Si j'avais proféré des calomnies, pensez-vous donc que les patriotes auraient été aussi stupides pour me croire aveuglement? Depuis le début de la révolution, je me suis fait un devoir de défendre le peuple que ses ennemis cherchent à tromper, à dépouiller de ses droits, à exposer aux mille dangers. Mais j'ai toujours agi ouvertement, j'ai toujours parlé publiquement, j'ai toujours dit la vérité. Oui, j'ai dénoncé la politique criminelle des girondins, mais ce n'est point moi qui les condamne, c'est leurs crimes.

Ne voulaient-ils donc point affamer le peuple, lorsqu'ils n'entendaient gouverner que dans l'intérêt des riches et puissants? Ne l'affamaient-ils point par leurs décrets meurtriers où ils comptaient pour beaucoup les profits des négociants et des propriétaires, et la vie des hommes - à peu près pour rien? Ne combattaient-ils point la République une et indivisible, ne prêchaient-ils point le fédéralisme lorsqu'ils dressaient les provinces contre le peuple parisien, lorsqu'ils montaient ainsi les frères contre les frères? N'étaient-ils point ennemis de la Partie en tant que complices de l'infâme traître Dumouriez? Ne menaient-ils point la République à sa perte par leur politique lâche et antipatriotique, par leur refus de toute mesure énergique du salut public?

Ils ne méritent pas la mort, dites-vous, ces «pauvres girondins»? Le peuple était généreux dans sa colère, il n'a pas versé une seule goutte de sang pendant la journée glorieuse du 2 juin 1793. Il n'a demandé que l'expulsion de l'Assemblé de ces représentants indignes. Ils ont appelé eux-mêmes sur leurs têtes le châtiment terrible, lorsqu'ils ont défié le peuple en se dérobant à sa surveillance, en déclenchant dans leur vengeance la guerre contre la République. S'ils étaient traqués comme les assassins, c'est parce qu'ils étaient assassins de tous les patriotes tombés sous les armes des contre-révolutionnaires, des royalistes, des ennemis étrangers auxquels ces «républicains» n'ont pas hésité à offrir leur allégeance.

Réfléchissez donc à cela, Cher ami, avant d'accorder votre estime aussi facilement. Ne vous laissez pas séduire par les paroles qui peuvent mentir et tromper, mais examinez attentivement la conduite de ceux qui vous disent oeuvrer pour le bonheur de la Patrie, et qui ne font que précipiter sa perte.

Vous souhaitant moins d'emportement et plus de prudence dans vos jugements,

Salut et fraternité,

Maximilien Robespierre




Bonjour mon très cher Robespierre,

Je vous remercie de m'avoir répondu très sincèrement, je sais que vous n'aimez pas les Girondins, et que vous ne comprenez pas qu'une personne puisse avoir à la fois de l'admiration pour vous et pour eux. Mais, voyez-vous, je vis au 21ème siècle, je suis libre de mon opinion, de ce fait je vois dans les deux partis un profond engagement patriotique, les Girondins et vous poursuivez tous un but louable; mais pas de la même manière même si en somme vous voulez tous le bonheur du peuple. Vous dites que les Girondins ont dressé les provinces contre le peuple parisien, ce que je vois c'est que le peuple parisien a souillé la Révolution française avec les massacres des prisonniers en septembre 1792, il y règne une telle anarchie que les Girondins ont préféré faire appel aux patriotes des autres départements pour protéger les députés mandataires. Il ne faut pas oublier que Brissot et le ministre Roland ont failli faire partie des victimes de ce massacre. La commune a posé un décret d'emprisonnement pour ces deux personnes et que sans l'intervention de Danton et avec votre appui, Brissot et Roland seront assassinés.

Mes respects,

Mlle Barth



Citoyenne,

Le fait de vivre au 21ème siècle, ne vous met nullement à l'abri d'une erreur de jugement, quoique vous soyez libre de votre opinion. Ce que vous prenez pour de «l'engagement patriotique» des Brissotins, n'est qu'un masque mensonger dont ils couvrent leur funeste et antipatriotique politique. Qu'ont-ils fait, Brissot et Roland, ministre de l'intérieur, pour prévenir les événements déplorables de septembre? Rien, et ils n'ont pas élevé un mot de protestation, car ils savaient bien que si le peuple a été terrible dans sa colère, c'est parce qu'ils n'ont rien fait pour l'apaiser et le protéger. Et ils ont osé par la suite d'accuser hypocritement les patriotes parisiens de toutes les atrocités là où ils n'avaient qu'à s'en prendre à leur propre lâcheté et traîtrise.

Rien n'est plus facile que de proférer de belles paroles et de dire vouloir le bonheur du peuple; mais qu'est-ce qu'ont réellement fait les Girondins pour son bonheur? Pensez-vous qu'entraîner la France dans une guerre néfaste avec une coalition puissante d'ennemis, laisser s'embraser le feu de la guerre civile, pactiser avec les royalistes et les traîtres, favoriser l'inflation et la disette, refuser constamment toute mesure énergique pour la victoire et le salut du pays, et enfin, toujours mépriser et craindre le peuple, pensez-vous donc que ce soient les preuves qu'ils voulaient son bonheur? Si telle est votre opinion, je me félicite que le peuple ne l'ait point partagée.

La liberté ou la mort!

Maximilien Robespierre