Kimberly
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Les cheveux de Marie-Antoinette

    Monsieur Robespierre,

Je suis une étudiante américaine et pour mon cours de français à l'université je dois vous poser des questions.  Je m'excuse pour mes erreurs de grammaire; je ne peux pas bien écrire le français.

Quelques questions:

1) Quand vous avez prononcé votre discours pour accueillir le roi au collège d'Arras, saviez-vous à ce moment que vous travailleriez pour le tuer?

2) Est-il vrai que vous dormiez avec des cheveux de Marie-Antoinette sous votre oreiller?

3) Pourquoi vouliez-vous pour les gens de la République  des idées déistes et non chrétiennes?

4) Quel est votre réponse à l'accusation d'être un tyran?

Merci pour votre temps,

Kimberly

Madame,

J’ignorais que les étudiants de français en Amérique aient besoin de tant de renseignements sur ma personne. Mais il ne s’en ensuit point que je ne sois pas disposé de vous les fournir, même si je risque de me répéter une énième fois pour certaines réponses. Ce ne sera pas peine perdue, j’en suis sûr, car il est nécessaire de dissiper ainsi les erreurs fantaisistes étalées dans votre message.

Premièrement, vous vous doutez bien que je ne possède point de don de divination. Donc, en 1774, lorsqu’en tant que meilleur élève, j’avais salué Louis XVI devant le collège Louis-le-Grand à Paris, je ne pouvais nullement deviner les événements qui surviendraient quinze ans plus tard. Mais il va de soi que je n’ai jamais «travaillé pour le tuer»; s’il y a quelqu’un qui a oeuvré à la perte de Louis XVI, c’est avant tout lui-même!

Je n’ai d’ailleurs pas compris votre insinuation concernant les cheveux de sa femme! On jase beaucoup sur l’infortune conjugale de Louis, mais j’affirme que je n’en suis point la cause. J’espère que c’était une plaisanterie de votre part car je peux vous assurer que rien de tel ne se trouve sous mon oreiller, et je vous inviterais en toute loyauté à vous en assurer par vos propres yeux si je ne craignais pas d’offenser votre vertu par ce geste par trop audacieux.

Quant aux idées religieuses des républicains, je tiens à rappeler d’abord que la République française respecte la liberté des cultes; donc il n’y est point défendu d’être chrétien. Mais la République ne saurait prendre les dogmes chrétiens comme son fondement. Or, l’idée de l’Être suprême est plus large qu’une religion car elle les embrasse toutes et respecte ainsi toute croyance qu’un patriote puisse avoir, sans en privilégier aucune mais en les réconciliant toutes; elle renforce les liens de l’amour fraternel dans la cité. Le peuple français est persuadé que l’on puisse vénérer une idée comprise par toutes les consciences et célébrer les choses chères à tout coeur humain indépendamment de sa confession et même de son absence. L’ idée de l’Être suprême, c’est l’image même de la justice éternelle, du crime châtié, de la vertu récompensée, de l’innocence protégée, c’est donc une idée républicaine.

Enfin, pour répondre à l’accusation d’être un tyran, j’invite ceux qui m’en accusent, de produire d’abord la moindre preuve à l’appui de ce grief, et croyez-moi, cette affabulation aussi atroce que gratuite et mensongère se détruira d’elle-même sans que je sois obligé d’élever un seul mot de défense.

J’espère, Madame, avoir satisfait votre intérêt, et vous prie de recevoir mes fraternelles salutations,

Maximilien Robespierre