Marco Gesto
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

La vertu

    Salut à toi citoyen Robespierre,

Que penses-tu de nos régimes politiques «dégénérés» actuels? La tyrannie et l'injustice n'ont jamais été aussi présentes parmi nous. Je rêve à celui qui prononcera un discours aussi éloquent que le tien. Toi l'Incorruptible, véritable défenseur du Peuple et de la Vertu.

Je ne te reproche rien, sinon ma profonde tristesse en apprenant les événements de Thermidor. Ce fourbe de Barras qui a comploté avec les ennemis de la Patrie pour te renverser, toi et tes fidèles camarades. Ton action ne fut pas vaine, crois-moi! Bien des penseurs ont déjà réalisé ton immense apport à la cause révolutionnaire et à l'extirpation de la tyrannie.

Prends bien soin de toi l'Incorruptible, je te salue bien haut.

Citoyen Gesto



Citoyen Gesto, je te salue.

Je reçois, avec la plus vive sensibilité, les témoignages d'estime et d'amitié que tu veux bien me donner. Cette marque de confiance et de bonté me flatte d'autant plus que je n'ai d'autre droit pour y prétendre que mon zèle et ma bonne volonté.

N'étant pas de ton époque, le droit de juger les régimes politiques contemporains ne peut m'appartenir que d'une manière relative, car ce serait l'erreur de juger les générations suivantes selon mes vues peut-être arriérées et mes préjugés. Mais je refuse de croire que le combat pour les droits de l'homme que menait la Révolution s'est avéré vain, d'après le tableau pessimiste que tu as dressé. Que l'injustice soit toujours présente, je n'ai guère de mal à le croire, c'est un vice difficile à déraciner, mais la notion même de la justice n'a-t-elle pas changé depuis? Le gouvernement te paraît tyrannique, mais es-tu sûr qu'il le soit en comparaison de la véritable tyrannie, celle qui règne chez nos voisins, celle que la France a connue durant des siècles avant la révolution? Reprends la Déclaration des droits de l'homme; bien des principes de liberté et d'égalité, qui sont des acquis de base pour toi, étaient des idées neuves à défendre, sinon à conquérir en mon temps.

Cependant, loin de moi l'idée d'imaginer notre Déclaration des droits comme un code immuable des droits de l'humanité. La liberté ne naît point de l'oppression, mais de la liberté. Vous êtes nos descendants, vous devez exiger - vous en avez le droit - de votre gouvernement des garanties et des libertés dont nous ne pouvions même pas rêver, peut-être. C'est à vous seuls de dresser la nouvelle table des droits si l'ancienne est dépassée, et de vous battre pour elle.

La liberté ou la mort!

Maximilien Robespierre