Mélody et Élodie
écrivent à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

La terreur

    Niort, le 6 février 2008
 
 
Maximilien de Robespierre,
 
Moi, Mélody, et mon amie, Élodie, d’une classe de quatrième du collège Philippe de Commynes, voudrions vous poser quelques questions sur le rôle que vous avez joué dans la Révolution française (1789-1799). Ces questions portent sur vos travaux à partir de mars 1793 jusqu’en juillet 1794:
 
-Quel était votre objectif en provoquant la Terreur?  Et pourquoi l’avoir fait?
-Était-il nécessaire de condamner tant de citoyens?
-Aviez-vous l’intention de prendre la place d’un dictateur impérial?
-Si les choses étaient à refaire, que feriez-vous?
 
Nous vous remercions de votre sympathie à répondre à nos questions dans les plus brefs délais, car un devoir concernant ce sujet nous est fixé ce vendredi 8 février 2008.
 
Élodie Fromentin et Mélody Marty


Mesdemoiselles Mélody et Élodie,

J'avoue que votre première question m'a littéralement laissé abasourdi car apprenez, gentes damoiselles, que je n'ai aucunement provoqué la terreur et serais bien prenant de voir la moindre preuve du contraire. On appelle communément «la terreur» une politique de mesures sévères contre les ennemis de la république, mise en place à la demande du peuple afin de sauver la patrie en danger. La seule origine de ces lois révolutionnaires est la haine implacable et féroce que la révolution suscite dans les cœurs des aristocrates et des traîtres et le degré de sévérité de ces rigueurs est l'audace ou la perfidie des conspirateurs qui aspirent à la ruine de la patrie. Lorsque le gouvernement révolutionnaire porte la terreur dans les repaires des brigands royalistes couverts de sang des patriotes égorgés, il s'appuie sur la plus sainte et la plus légitime de toutes les lois, le salut du peuple, et la terreur n'est dans ce sens rien d'autre que la justice, prompte, sévère et inflexible.

Quant à moi, je suis intimement persuadé que la première terreur de la Révolution fut celle inspirée par les principes de la Déclaration des droits de l'homme à tous les tyrans, les royalistes et les hommes pervers. Ne voulant point admettre que l'homme soit à jamais libre et que leur prochain devienne leur égal, ils s'opposent avec un acharnement sanglant au règne de la liberté et des droits du peuple et se livrent aux pires atrocités, aux crimes et aux perfidies pour ne point laisser triompher les maximes irréfragable sur lesquels doit s'asseoir la justice et la prospérité publique. Pour en venir donc aux condamnations dont le nombre vous effraie, sans vouloir désavouer la vigilance et l'équité de la justice révolutionnaire, je suis prêt à partager votre émoi car il est pour le moins désolant qu'une jeune république portant la flamme de la liberté et de l'amour fraternel aux peuples de la terre entière, ait été accueillie par la haine féroce des despotes et de leurs séides, par la trahison et les poignards des comploteurs qui voulaient la résurrection de la tyrannie et la mort de la patrie et en fut obligée à recourir à des moyens terribles pour parer les attaques meurtrières de ces scélérats.

En outre, je vous assure que je n'ai nulle intention de prendre la place d'un «dictateur impérial» et je me croirais être insulté par une telle supposition si elle ne frisait pas le ridicule. Attaché aux droits du peuple, je me suis toujours déclaré un ferme appui de sa souveraineté, je m'incline devant la représentation nationale et j'abhorre l'idée même d'une dictature; je rappelle que j'ai souvent mis le peuple en garde contre l'avènement d'un dictateur militaire. Qui doutera de mon patriotisme et de mon amour pour la république? D'ailleurs, ne le prenez point pour une offense, mais je serais curieux de savoir ce que vous nommez un «dictateur impérial»…

Quant aux choses qui seraient à refaire, la question est à mon sens trop vaste et philosophique; or les périls qui menacent la république ne me permettent point d'y discourir à loisir... Sur ces mots, je vais prendre congé de vous, gentes demoiselles, regrettant ne pas avoir pu vous apporter plus tôt cette réponse.

Vive la république!

Maximilien Robespierre