La révolution russe
       

       
         
         

Michel Lavergne

      Citoyen,

Que pensez-vous de la révolution russe et de sa confiscation par Staline?

Salut et fraternité,

Michel Lavergne
         
         

Robespierre

      Citoyen,

Après avoir pris des renseignements à l'équipe du Dialogus que je remercie pour leur exquise gentillesse, je ne puis vous dissimuler ma joie d'apprendre que le peuple russe avait enfin osé secouer le joug de la tyrannie et avait réclamé sa liberté après des siècles d'un esclavage noir. Mais je suis sur le point de vous demander des précisions - de quelle «révolution russe» voulez-vous m'entretenir ? Il paraît qu'il y en eut trois!

J'ai pris la liberté de conclure d'après vos paroles que vous avez en vue la soi-disant «révolution d'octobre». Il semble que celle-ci ne soit en réalité qu'un sinistre coup d'état militaire, aussi bouleversantes que puissent être ses conséquences. Non, citoyen, je ne saurai l'approuver. Et non seulement parce que ses maîtres ont asservi nos principes sacrés à leur gré et ont mis en oeuvre sans sourcilier les mesures sévères que nous devions adopter à regret comme une tragique nécessité. Mais je suis absolument persuadé qu'on ne fait pas une révolution à l'insu du peuple et en méprisant sa volonté.

Dans ce sens, la vraie révolution russe était celle de février, lorsque le peuple a ouvertement manifesté sa volonté de chasser le tsar et de confier son destin entre les mains d'une assemblée constituante de ses représentants. Cette révolution fut anéantie non par Staline, mais par Lénine lui-même, et justement en octobre, qui n'avait que faire de la constitution. Me tromperais-je en ajoutant la responsabilité coupable du conseil provisoire hésitant de se soumettre à la demande du peuple de convoquer la constituante au plus vite? 

Telle est mon opinion, Citoyen. Bien à vous,

Maximilien Robespierre