Nathalie
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

La représentation la convention

   

Cher Robespierre,

Je m'emploie à étudier l'histoire de la révolution française en essayant de me documenter auprès de diverses sources afin d'en approfondir les détails et les enjeux en toute impartialité. Jusqu'ici, j'ai compris que vous étiez quelqu'un de pur, sincère et totalement dévoué à la cause du peuple, de sa liberté et de la république. Pour cela, je ne vous remercierai jamais assez.

Par contre, certaines choses m'échappent. Pendant la terreur, des représentants du peuple de différents bords ont été guillotinés, des modérés aux plus extrêmes. En juin 1793, la Convention sous la pression des sections, exclut les girondins. Vous avez approuvé ces actes rendus au nom du peuple pour lui éviter d'être lui-même cruel, même si vous n'avez pas personnellement condamné ces gens.

Vous vous êtes toujours rangé derrière les lois de la république, y compris en n'appelant pas à l'insurrection qui aurait pu vous sauver de la guillotine.

Or, à cette époque, il me semble que les députés de la Convention ont été élus avec quatre-vingt-dix pourcents d'abstention et que Paris a eu du mal à communiquer avec la Province (Il paraît que des barrières sont érigées tout autour de Paris depuis le 10 août 1792).

Dans ce cas et à ce moment précis, pensez-vous que le peuple français vous approuvait, sinon dans son ensemble au moins dans sa majorité? Comment être sûr qu'il n'aspirait pas à plus de discernement entre les vrais ennemis dangereux pour la république et ceux qui la défendaient aussi, mais de manière moins radicale?
 
Est-ce que vous ne pensez pas qu'à ce moment précis, c'était surtout Paris qui imposait sa manière de voir les choses avec des outils comme le tribunal révolutionnaire, en rendant la justice au nom d'un peuple qui ne votait quasiment pas et dont on ne connaissait plus ou mal l'avis?

N'est-il pas dangereux de laisser un pouvoir aussi important entre les mains de représentants, même élus démocratiquement, quand seulement dix pourcents de la population nationale se sont prononcés.

Ce serait très instructif pour moi d'avoir votre avis auquel j'attacherai une grande importance. Sachant que rien ne pourra enlever les formidables avancées pour la condition humaine et la liberté auxquelles vous avez grandement participé.

Amicalement,

Nathalie



Citoyenne,

La révolution du 10 août 1792, ayant de facto suspendu la constitution de 1791, avait ainsi aboli le détestable cens au marc d'argent qui, violant impudemment les droits de l'homme, instaurait une nouvelle classe de privilégiés, seule bénéficiaire des droits politiques, et divisait les citoyens de la même nation en deux parties inégales. À l'instar de la Législative, la Convention nationale avait donc été élue par tous les citoyens, par tout le peuple. Je n'ai pas l'intention de nier, Citoyenne, que des abstentions ont eu lieu, ce qui ne saurait être un sujet d'étonnement: la royauté ne préparait point le peuple à l'exercice de sa souveraineté et, de plus, au moment même des élections, une partie de la Patrie était assiégée par les armées étrangères, et les bataillons des volontaires partaient aux frontières. Cela prouve-t-il pour autant que les patriotes indigents qui n'ont pas pu sacrifier une journée de travail pour assister à l'assemblée primaire, que ceux qui allaient se battre pour la République, désapprouvaient la convocation de la Convention? La nation a-t-elle jamais mis en doute sa légitimité? Je vous prie de prendre en considération que malgré les périls de guerre et toutes sortes d'entraves, sept cent mille citoyens ont voté pour élire leurs députés; c'est peu, me dites-vous, mais ils ont été trois cents mille à voter pour élire la Législative. Quelle assemblée, Citoyenne, représenterait donc mieux la nation: celle élue par la nation entière ou celle pour laquelle seule «l'aristocratie des riches» avait voté?

Il ne convient point non plus, Citoyenne, d'opposer Paris et les départements, comme l'ont fait les ennemis de la République: ce sophisme dangereux avait appelé l'anarchie et la guerre civile sur la Patrie. Certes, le cœur de la Révolution se trouve à Paris, car l'assemblée des représentants de la nation y est. Mais ses séances sont publiques, et elle y discute ouvertement toute question courante et tout projet de loi. Les comptes rendus des débats parlementaires sont publiés dans les journaux lus à travers toute la France. Les opinions et les rapports des représentants sont aussi systématiquement imprimés et envoyés aux armées et aux départements. Les départements et les sociétés populaires correspondent avec l'assemblée, cette dernière en reçoit les délégations, y envoie ses représentants, les agents nationaux correspondent régulièrement avec le comité de salut public qui en informe l'assemblée. Le comité se trouve en contact avec les comités révolutionnaires des districts composés des patriotes. Comment peut-on prétendre que l'assemblée ne communique pas avec ses commettants? Comment pourrait-on parler de l'isolement donc? Quant aux barrières de Paris que vous évoquez, elles n'y ont rien à voir, d'ailleurs, construites la veille de la Révolution, elles ne servaient qu'à la perception de l'octroi.

Ainsi, comment pourrait-on décemment affirmer que le peuple se tait et ne fait pas savoir sa volonté, alors que c'est lui le souverain? Les députés n'appliquent d'autre politique que celle de salut de la patrie; ce but est celui de tout républicain et il n'y a pas deux manières de la défendre lorsqu'elle est attaquée de toute part. Il est insensé de croire que l'on peut être «un peu, moyennement, beaucoup» républicain... On ne fait pas la révolution à moitié: on est républicain ou on ne l'est pas.

Je reste, Citoyenne, votre dévoué concitoyen,

Maximilien Robespierre