Pierre Chirol
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

La reine Marie-Antoinette et Mme Elisabeth

    Pourquoi avoir guillotiné La Reine Marie-Antoinette et Mme Elisabeth la soeur du roi?

Pourquoi avoir séparé le petit louisXVII de sa mère?

Pourquoi avoir guillotiné autant de gens?

Pourquoi?



Quoi vous répondre? Pourquoi avoir haï le peuple de France au point de trahir les secrets de guerre pour causer la défaite de son pays, pourquoi avoir souhaité l'invasion étrangère, le retour des émigrés et le massacre des patriotes? Pourquoi avoir voulu élever son fils comme futur tyran, dans l'espoir de retrouver bientôt le trône renversé de ses ancêtres? Pourquoi enfin y avait-il autant d'ennemis sans pitié de cette jeune république des droits de l'homme qui ne rêvait que de rendre le monde meilleur et les gens libres, égaux et frères et qui a été forcée de s'assurer de tant d'assassins et de conspirateurs? Pourquoi?

Si vous avez répondu à mes questions, vous avez en même temps trouvé les réponses aux vôtres.

Maximilien Robespierre




Je me dois d'apporter quelques petites corrections à tes dires:

«Pourquoi avoir haï le peuple de France»? Mais il ne haïssait pas du tout le peuple!

«Au point de trahir les secrets de guerre pour causer la défaite de son pays»? C'était plutôt pour ne pas plonger la France dans une période de terreur et de famine et pour ne pas se faire tuer!

«Pourquoi avoir souhaité le retour des émigrés»? Je te rappelle qu'ils étaient Français!
Et «avoir souhaité le massacre des patriotes»? Faux, c'est plutôt le «massacre des ennemis de la France».

«Pourquoi avoir voulu élever son fils comme futur tyran»? Voici la définition d'un tyran: souverain despotique, injuste et cruel. Louis XVI était un monstre? Alors là, ça me fait rire!

«Pourquoi enfin y avait-il autant d'ennemis sans pitié de cette jeune république des droits de l'homme qui ne rêvait que de rendre le monde meilleur et les gens libres, égaux et frères et qui a été forcée de s'assurer de tant d'assassins et de conspirateurs»? Tout simplement parce que cette république a fait trop de morts et de malheurs au peuple et aux nobles, et à la famille royale!

Qu'as-tu à répondre?



Je répondrai que j'ignorais que les royalistes avaient à leur tour adopté le franc tutoiement des bons citoyens, mais soit.

Je répondrai qu'il est accumulé dans cette pathétique réplique un bon nombre d'absurdités si révélatrices en elles-mêmes qu'il ne me serait point difficile de la confondre.

Je répondrai que la République française ne fait la guerre qu'aux palais; elle respecte et vénère la chaumière du pauvre paysan. Elle considère les autres peuples comme ses frères et amis, ne leur a jamais fait le moindre mal, et prétendre le contraire est une affreuse calomnie. Par contre, les aristocrates et les rois sont ses ennemis naturels, mais ce sont eux qui lui font la guerre sans merci, tant la liberté, l'égalité et la lumière des droits de l'homme leur sont insupportables, et je n'aurai aucun mal à le démontrer, ces assertions à l'appui.

Il y est clairement proclamé que, pour les royalistes, les patriotes ne sont autre chose que «les ennemis de la France». Or, tout le peuple de France se réclame du titre de patriotes. Ainsi, dans la logique sanglante de ces messieurs, le massacre des patriotes, donc du peuple, serait une chose légitime et salutaire! Et faut-il encore que je considère le manifeste de Brunswick, par exemple, comme une preuve de ce chaud amour que les émigrés, la clique du roi et leurs alliés étrangers nourrissent envers les patriotes français!

Mais les émigrés sont des Français, me rappelle-t-on! Vraiment? Est-ce parce que la France a eu le malheur de voir naître ces traîtres sur son sol qu'il doivent être considérés comme des citoyens français? Qu'ont-ils fait pour mériter ce noble titre? Qu'ont-ils fait pour leur patrie sinon de l'abandonner au moment où elle a besoin du soutien de tous ses fils ou, pire encore, de conspirer contre elle? S'ils sont des Français, que ne sont-ils pas donc en France, avec les autres Français, avec le peuple, en train de défendre leur patrie ou de mourir avec elle?

On m'assure également après cela que le roi et sa famille ne haïssaient pas du tout le peuple; oh, certes pas! On ne déteste point ce que l'on croit posséder du droit divin, n'est-ce pas? Louis dénonçait le peuple français comme rebelle, il s'est constamment appliqué à anéantir les progrès de la liberté et conspirait contre la sûreté générale de l'État. Or, le peuple français a décidé que c'était Louis le rebelle. Regarder la nation libre qui a fait valoir ses droits souverains comme étant sa propriété absolue serait-il un signe de l'amour et du respect? Appeler les armées des tyrans, ses confrères, pour châtier le peuple et pouvoir conserver sa couronne, trahir, laisser immoler ainsi des milliers d'innocents pour, je cite, «ne pas se faire tuer», donc égaler sa misérable existence et des dizaines de milliers de vies humaines, serait-ce un témoignage de la générosité, du sacrifice et de la bonté royale?

Mais en jetant la France en guerre, ce charitable et vertueux roi, dans son bon plaisir, n'avait point d'autres intentions que celle, bien louable, d'éviter au pays la période de terreur et de famine, ose-t-on prétendre. Bonté divine! La conscience de tout homme raisonnable et honnête lui indique qu'il n'existe en vérité un moyen meilleur que la guerre pour faire régner dans un pays la famine, l'oppression et la terreur. Remercions donc Louis: si la France a connu une période aussi terrible de privations et de malheurs, c'est bien par la faute de ceux qui l'ont poussée à affronter une horde d'assassins impitoyables et qui ont tout fait pour entraîner sa défaite et faciliter la victoire de ses ennemis.

Et pour achever ma réponse, je me permettrai d'exposer quelques maximes certes banales, mais visiblement point inutiles, car, ce qui me fait rire, c'est cette inepte définition du tyran comme étant un «souverain» cruel et injuste. Apprenez donc que seul le peuple détient la puissance souveraine, cette dernière réside dans la nation entière et lui est inaliénable. Un tyran, qu'il soit cruel ou débonnaire, n'est autre que l'oppresseur du peuple, le criminel et le voleur qui usurpe la souveraineté du peuple, qui veut mettre à la place de la volonté générale ses volontés et ses caprices particuliers. Il instaure ainsi un pouvoir despotique, car nul ne peut avoir le droit de disposer de la vie ou de la mort d'un autre, or un tyran réduit à l'esclavage une nation entière.

À l'avenir, si je puis me permettre de donner un conseil aux défenseurs des rois désireux de porter des corrections contre le bon sens, il vaut mieux se donner la peine de réfléchir aux maximes que l'on va avancer pour ne point proférer des bêtises là où on pensait en accuser les autres.

La République ou la mort.

Maximilien Robespierre