La Place Robespierre à Marseille
       

       
         
         

Gérard Clément

      Extrait des Minutes du Conseil Municipal de Marseille du 31 Mai 1999
DIRECTION GÉNÉRALE DES SERVICES TECHNIQUES -

10 - 99/0401/EHCV -
DIRECTION GÉNÉRALE DES SERVICES TECHNIQUES -
DIRECTION DE LA VOIRIE: Requalification de la Place Robespierre - Quartier de Mazargues 13009 Marseille -


Approbation de l'autorisation de programme.

Front National-> M. MARANDAT.
- Monsieur le Maire, nous sommes tout à fait disposés à voter ce rapport car il nous paraît important, dans notre cité, de réaliser tout ce qui peut améliorer la convivialité. Vous voulez le faire pour ce qui est de la configuration esthétique de cette place: nous ne pouvons que vous approuver. Nous vous demanderions d'aller plus loin car la convivialité passe aussi par la dénomination. Il nous semble que cette appellation de Place Robespierre est loin de symboliser cette convivialité. Lui, idéologue sanguinaire, est un de ceux qui est à l'origine de mandes exterminations civiles à l'intérieur d'une même patrie, que ce soit en France lors du génocide vendéen, ou plus proche de nous dans l'histoire par l'abomination communiste.
(Applaudissements sur les bancs du groupe Front National.)

PCF--> Mme BOET.
- Monsieur Marandat, je ne suis pas étonnée par les propos que vous venez de tenir. Vous avez quand même une vision singulière de l'histoire. Vos propos vous rapprochent du voeu de M. Teissier en mairie de secteur. J'ai d'ailleurs été la seule à voter contre. Je tire aujourd'hui beaucoup d'honneur de ce vote contre. Monsieur Marandat, vous venez de tenir à peu près les mêmes propos que ceux formulés dans le voeu de M. Teissier.

UDF --> M. TEISSIER.
- Nous ne nous sommes pas concertés.

PCF Mme BOET:
- Vous ne vous êtes pas concertés mais vous n'êtes pas très loin l'un de l'autre. (Tumulte) Alors que la Place Robespierre a grandement besoin d'un aménagement, vous demandez que cette place, pour retrouver son harmonie et devenir un lieu agréable pour s'y promener, reprenne son ancien nom de Place du Marché. Cette place s'appelait effectivement Place du Marché jusqu'en 1926. Vous semblez oublier que, auparavant, elle s'appelait la Place de l'Aire. Son ancien nom n'est donc pas celui de Place du Marché. Vous oubliez également que Robespierre a quand même joué un rôle important dans Marseille. Il a soutenu le combat des révolutionnaires marseillais. Et l'histoire de Mazargues est aussi constituée de tout cela. À Mazargues, nous avons Desmoulins, Monsieur le Maire, vous le savez encore mieux que moi puisque vous étiez professeur d'histoire et géographie. Ces dénominations de rues et de places de Mazargues font aussi partie du patrimoine marseillais. On ne peut pas débaptiser une place! Monsieur Marandat, vous avez très bien vu ce qui s'est passé à Vitrolles, avec votre ami qui débaptisait des rues. Il n'est peut-être plus avec vous aujourd'hui, mais il l'était encore il y a peu de temps. Si vous allez dans ce sens, un comité important sur Marseille, dans le 9ième arrondissement, ira contre cette ineptie. Marseille n'a pas besoin de cela. Vous avez une manière de réviser l'histoire, pour ne pas dire de révisionnisme.
(Applaudissements.)

M. TEISSIER. (UDF)
- Monsieur le Maire, mes chers collègues, on peut voir que les communistes ont sans doute renoncé à la dictature du prolétariat mais qu'ils n'ont pas renoncé aux coupeurs de têtes! On voit bien avec quel acharnement ils continuent à défendre des gens qui, même si ce sont des révolutionnaires que nous n'avons pas désavoués, se sont retournés contre le peuple qu'ils croyaient défendre!

PCF --> M. DUFOUR.
- Émigré!

M. TEISSIER.
- de l'Ardèche ! Monsieur le Maire, en Conseil des 9ième et 10ième arrondissements, où nous respectons la démocratie puisque nous sommes majoritaires,... (Tumulte.) Et nous y avons une opposition: ce qui n'était pas le cas dans vos principes et dans vos régimes!... M. Collet-Fenêtrier a proposé que nous revenions à l'ancien nom, en même temps que nous refaisons cette place, et que cette place s'appelle la Place du Marché. Dans une réunion de concertation, avec la population toutes tendances confondues, M. Collet-Fenêtrier a effectivement fait part du désir de changer le nom. Et cela a été une ovation. Il est vrai que la représentante du Parti Communiste s'est trouvée très largement minoritaire. C'est sans doute cette rancoeur qu'elle met aujourd'hui! Je voudrais dire à la gauche, prête à manier tout de suite la Guillotine, qu'il restera Émile Zola aux Mazarguais. Nous n'enlèverons pas tout! Vous aurez la place du Marché d'un côté, et Émile Zola de l'autre: l'équilibre sera respecté! (applaudissements sur les bancs de la Majorité.)

PS --> M. BERNARDI.
- Monsieur le Maire, Robespierre appartient à notre histoire. Elle est discutée, et pas seulement la sienne. Je crois que si nous devions passer au crible des opinions politiques des uns et des autres l'ensemble des noms attribués à des rues et places de notre ville, nous y emploierions la totalité de nos débats sans succès. Si nos collègues veulent avoir connaissance d'un certain nombre de noms qui nous sont insupportables, nous en avons de nombreux à leur communiquer. En réalité, Robespierre a été à la tête de notre République. Pour ses idées, il a fait un certain nombre de choses qui sont discutables.

Une Voix.
- C'était un dictateur!

M. BERNARDI.
- Et pour ses idées, il a été exécuté! Monsieur le Maire, laissons les morts avec les morts, et vivons avec les vivants!

M. le MAIRE.
- On a évoqué l'histoire. Madame Boët, l'histoire c'est aussi quelque chose de particulier. En 1789, pour les États Généraux, Mazargues était un fief indépendant de la Ville de Marseille. Mazargues a appartenu aux Sabran-Pontevès. Mazargues a appartenu aux Dornano. Le dernier seigneur de Mazargues, et en même temps maire nommé de Marseille, s'appelait Elzéard de Gantel-Guitton. Mme Boët n'ignore pas que le cahier de doléances de Mazargues est un modèle du genre que l'on fait étudier à tous les étudiants en histoire, qui veulent devenir professeur d'histoire et de géographie. C'est à ce point un modèle du genre que, ayant décidé il y a quelques années de rééditer la Poétique Histoire de Marseille écrite par l'Abbé Marius Ganay, j'avais fait ajouter dans la réédition le cahier de doléances de Mazargues pour que les étudiants l'aient directement imprimé et puissent voir combien il était important. Mazargues, d'ailleurs, désignera ses députés aux États Généraux. Bien que je n'ai plus enseigné depuis 20 ans maintenant, j'ai encore gardé quelques souvenirs. Cela n'a rien à voir avec deux journées de notre Histoire de Franc: le 20 juin 1792, et le 10 août 1792. Le 20 juin, c'est l'humiliation de la royauté, c'est le peuple de Paris qui n'a jamais vu Louis XVI, qui pénètre dans les Tuileries, bloque Louis XVI dans le coin d'un salon et l'oblige à mettre un bonnet phrygien sur la tête. Le peuple défile en lui crachant dessus pendant un certain nombre d'heures. Et les plus corrects découvrent la personnalité du roi: un homme simple. Un peu bedonnant et débonnaire! C'était celui-là qui portait, hélas!, au mauvais moment, tous le péchés d'Israël sur son nom. Que personne ne voit outrage dans la formule. Le 10 août 1792, c'est la prise des Tuileries. Des hommes, qui sont des nobles et qui veulent protéger le Roi, vont dégainer leur épée et vont mourir parce que la foule est beaucoup plus importante. Et ils vont mourir, eux aussi, pour une cause qu'ils croyaient noble. Cette cause valait au moins celle des Révolutionnaires du moment. Quant aux nôtres, dont les noms sont inscrits ici, ils vont partir de ce que nous appelons aujourd'hui la rue Thubaneau et le cours Belsunce. Ils mettront un mois pour arriver à Paris parce qu'ils y vont à pied. Ils vont chanter le chant de l'Armée du Rhin tout le long du parcours, qui deviendra la Marseillaise et notre hymne national. À Mazargues, Madame Boët, il y a déjà une rue Cambacérès. Il y a déjà une rue Camille Desmoulins. Puisque le C.I.Q. de Mazarmes, dans son unanimité (et j'y étais), a demandé que l'on revienne à la dénomination ancestrale, plus conviviale entre nous, et puisque la mairie des 9ième et 10ième arrondissements le souhaite aussi, nous le ferons. Mais nous le ferons sans tambour ni trompette!

M. DUFOUR.
- Avec Marandat!

M. le MAIRE.
- Et si vous voulez même que l'on procède d'une manière un peu hypocrite,...

M. DUFOUR.
- Les municipales approchent!

M. le MAIRE.
- ...comme cela se faisait il y a à peine quelques années, on mettra: «Place du Marché  Maximilien de Robespierre.»
(Applaudissements sur les bancs de la Majorité.)

(Le rapport 99/0401/EHCV mis aux voix par M. le Maire est adopté à l'unanimité. Mme Roussel s'abstenant.)

Le texte ci-dessus est édifiant! Nous luttons depuis plusieurs mois pour conserver le nom de la Place Robespierre à Marseille. Si vous pouvez appuyer notre action en écrivant aux maires, cela aiderait beaucoup!

Monsieur Jean Claude Gaudin, Sénateur-Maire de Marseille,
Hôtel de Ville de Marseille, rue de la Mairie, 13002 MARSEILLE

Monsieur Guy Teissier, Maire du 5ème secteur de Marseille,
"La maison Blanche", Bd. Pal Claudel - 13010 MARSEILLE.

Ci-jointe, copie d'une lettre de l'Association des Professeurs d'Histoire-Géo:


ASSOCIATION des PROFESSEURS d'HISTOlRE et de GÉOGRAPHlE - APHG.
Renée BENSOUSAN et Michel BARBE, présidente et vice-président de la
Régionale de l'Académie d'Aix-Marseille.

À Monsieur Gérard CLÉMENT
Président du «Cercle Robespierre» de Mazargues

Marseille, 25 janvier 2000

Cher collègue et Président,

Notre bureau de la Régionale avait déjà été alerté de l'existence ãd'une affaireä de la Place Robespierre à Mazargues, menacée d'être débaptisée lors d'un prochain Conseil Municipal. Nous avons bien reçu votre courrier et vous remercions de nous avoir ainsi informés des données d'une "actualité locale" à laquelle, bien entendu, une association de professeurs d'histoire et de géographie - la seule dans notre pays - représentant le corps institutionnel de la transmission de la mémoire collective de notre peuple ne pouvait pas rester insensible! Votre lettre a donc retenu toute notre attention lors de notre réunion de bureau de rentrée de I'An 2000 tenue le 6 janvier dernier. Comme vous en avez été déjà informé oralement, notre Association soutient totalement votre légitime demande de maintien du nom actuel de "Place Maximilien Robespierre" à Mazargues dans la mesure où elle est demandée par la population du quartier. Vous pouvez en témoigner dans toutes vos démarches.

Notre Association, loi de 1901, née au début du siècle dans Ia foulée des grandes lois fondatrices de Ia République est très attachée au maintien de la mémoire républicaine collective, affichée sur les murs et monuments dans les moindres villages de notre pays. Cette réalité constitue, d'un certain point de vue, un complément indispensable de notre enseignement. Elle permet à nos élèves et à la population de vérifier par eux-mêmes que les grands et plus petits noms, événements, dates, lieux qui leurs sont transmis à l'école par leurs maîtres et professeurs constituent bien le tissu de leur propre histoire. L'éducation civique faisant à nouvelle irruption à l'école, peut-on imaginer la mémoire du nom de «l'incorruptible» effacée sur nos murs? Acceptée par trois générations depuis 1926, la place baptisée "Maximilien Robespierre" à Mazargues et cela sans qu'aujourd'hui aucune exigence manifestée par la population du quartier ne se soit exprimée pour en modifier l'appellation constitue un argument supplémentaire décisif pour soutenir votre légitime demande de maintien du nom.

Cependant nous appelons votre attention sur deux points qui ont fait débat parmi nous: d'une part, notre Association n'est ni ãRobespierristeä ni ãanti-robespierristeä. Le débat historique et démocratique sur la personnalité de Robespierre est ouvert. Il se mène aujourd'hui comme hier par historiens interposés sur la place publique. L'Association n'a pas vocation à propager "le robespierrisme". Ni syndicat, ni parti, elle est constituée d'enseignants d'histoire-géographie, tenus d'enseigner tous les termes du débat. D'autre part, elle se refuse à entrer dans des conflits ou des débats avec les autorités constituées de la ville. Se bornant à rappeler sa vocation à défendre l'impérieux devoir de mémoire et de vérité historique qui est à la base de l'instruction civique dont le corps des professeurs, enseignants d'histoire-géographie, constitue l'axe principal dans notre pays.

Vous souhaitant plein succès dans l'action entreprise de maintien de la mémoire républicaine dans le quartier de Mazargues et au-delà, recevez l'expression de toute notre sympathique reconnaissance.

Signé: Renée Bensousan et Michel Barbe.

Cette lettre ne peut être utilisée que dans son intégralité.

Ci-dessous copie de l'un de nos envois à la Mairie de Marseille:

Société des Amis de l'Instruction Laïque
Marseille le 23 Novembre 1999
56, Bd. de la Concorde - MARSEILLE 9eme

Association loi 1901, fondée en 1903
Affiliée à la Fédération des BdR des oeuvres Laïques
27, rue MAZAGRAN Marseille (1er)
Téléphone du siège: 04 91 40 01 80
Téléphone de la Fédération: 04 91 24 31 60
Le vice Président, mandaté pour l'organisation: Gérard CLÉMENT.
Mail: gerard.clement[at]freesbee.fr

COPIE DE LA LETTRE et des documents ENVOYÉS à CHAQUE MEMBRE DE LA COMMISSION D'ATTRIBUTION DES NOMS DES RUES.

Objet: Dénomination de la Place ROBESPIERRE

Le Conseil municipal du 5ème secteur de Marseille a proposé le changement du nom de la Place ROBESPIERRE, à Mazargues (9ème), pour la rebaptiser «Place du Marché». Sans vouloir aborder les problèmes et les coûts qui en découleraient pour les riverains de cette place (un bureau de poste, entre autres), ce n'est pas à vous, responsables politiques, que nous allons apprendre que les noms de nos rues et de nos places ont une valeur de mémoire collective importante. À l'occasion d'événements similaires à Vitrolles, dernièrement, la justice a reconnu l'importance de cette dimension patrimoniale et historique en invalidant les changements de noms décidés par la municipalité de cette ville. En effet, aucun élément nouveau concernant les personnes visées par la Municipalité de Vitrolles ne permettait de remettre en cause les décisions prises par les anciennes municipalités. Il en est de même à Marseille, pour ROBESPIERRE, et tout changement , additif ou soustractif, apporté au nom de cette place, dénaturerait la valeur de mémoire de ce nom. Notre association, d'ailleurs, n'a pas été consultée à ce sujet, ce qui motive d'autant l'action que nous menons pour conserver son nom à ce lieu. Nous joignons à l'appui de cette demande les copies des signatures que nous avons recueillies jusqu'à présent, et nous ferons parvenir d'autres signatures au fur et à mesure que nous les recevrons. Nous continuons et continuerons d'agir publiquement pour que ne soit pas bafouée la mémoire d'un des grands responsables de la Convention Nationale de 1792, qui, s'il avait vécu, aurait fait appliquer, entre autres, la suppression de l'esclavage, cette infamie qui a entraîné la mort atroce de centaines de milliers d'êtres humains, créé un profond traumatisme qui dure encore, chez des millions d'autres et encouragé le racisme et la violence entre communautés.

Veuillez croire, au nom de notre Conseil d'Administration, en l'expression de nos sentiments laïques les plus respectueux.

Le président
         
         

Robespierre

      Y a-t-il plus bel hommage à rendre à ceux que la postérité entend honorer que donner à nos rues, places et chaussées leurs noms vénérés? En déchristianisant et en détyrannisant notre toponymie, non seulement avons-nous voulu effacer un passé que nous avions renversé, mais aussi marquer vers qui désormais vont nos préférences.

Ainsi Neauphle-le-Ch'teau ou Charleroi portent-ils les noms ô combien plus adaptés aux conditions présentes: Neauphle-la-Montagne ou Libre-sur-Sambre...

C'est dans la mesure où nous parviendrons à assurer la perennité de la République que nous ne verrons plus revenir ces noms abhorrés à la place de ceux qui s'y trouvent désormais. Si par malheur un jour la place des Vosges devait retrouver son nom antérieur, cela signifierait hélas que nous avons échoué et que la tyrannie menace à nouveau. Et si la postérité devait un jour choisir de couronner nos efforts en décidant de nous honorer de cette manière, honte à qui s'aviserait d'arracher nos noms de leur piédestal: ce serait les ôter de ce petit Panthéon de la République afin de nier ce que nous voulûmes être et que nous fûmes. Je ne me berce point de trop d'illusions: il est aisé de salir. J'entends même certains citoyens murmurer contre moi et prétendre que je me prends pour l'Être suprême, y compris parmi les membres de la Convention nationale. Vous verrez que plus tard, il s'en trouvera pour me faire l'ennemi du genre humain.

Robespierre