[Phage l'Intouchable
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

La nouvelle Carthage

    Bonjour citoyen,

Lors d'une visite à Lyon, j'ai entendu un autochtone prononcer une phrase qui m'a fortement fait tiquer: il faisait en effet allusion à «la passation de pouvoir entre Robespierre et Danton au sujet de la ville de Lyon»l, passation de pouvoir au cours de laquelle tu auras envoyé «[t]es armées» ravager la ville pour la punir de sa rébellion contre la Révolution...

Je ne crois pas que tu aies jamais commandé des armées, ni même que tu aies été gouverneur de la ville de Lyon ou de quelque autre poste du même genre... Mais j'imagine également que les propos de cet homme devaient reposer sur quelque chose. As-tu eu des démêlés particuliers avec la ville de Lyon? Et avec Danton à propos de cette ville, que tu aurais appelée «la nouvelle Carthage»?

Je te remercie d'éclairer ma lanterne à ce sujet...

Salut et fraternité,

Phage l'Intouchable.


Citoyen Phage,
 
Ton récit contient un fond de vérité, mais les propos de l'autochtone cité en sont singulièrement éloignés.

En vérité, s'étant rebellée contre la Convention en juillet 1793, la ville de Lyon fut reprise par l'armée de la République le neuf octobre. Il va de soi qu'il n'y a jamais eu aucune «passation de pouvoir» entre moi et Danton, toute autorité émanant toujours de l'Assemblée nationale, y compris l'ordre de rétablir à Lyon les lois de la République. En outre Danton, profitant bien à l'avance, je suppose, du congé que l'Assemblée lui avait accordé après le douze octobre, à l'époque même de la reprise de Lyon, eussé-je envie de me disputer avec lui à ce sujet, je ne l'eûs pas pu.

Pour en revenir à Lyon, je te confirme que le douze octobre, la Convention, dans sa colère certes légitime, avait ordonné la destruction de ladite ville. Qui ne fut pas exécutée comme on le sait, malgré le zèle démesuré de certains envoyés que je ne nommerai point et dont je désapprouve l'emportement.

En espérant avoir éclairé ta lanterne comme tu l'as souhaité,

Vive la République!
 
Maximilien Robespierre