Mademoiselle Fournoy
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

La France et toutes ses injustices

   

Cher Maximilien,

La France, à mon époque, est stupide et ridicule. Je t'explique: il y a beaucoup de discrimination, surtout vis-à-vis des gens de couleur ou de des étrangers (en général, c'est plutôt les musulmans). La France devient raciste. Bientôt, plus personne ne pourra y entrer ni en sortir! Nous serons, dans très peu de temps, prisonniers de la France et on la surnommera «La France, une prison reconnue!»

Il y a aussi de la maltraitance: combien de fois ai-je entendu qu'il y avait un petit garçon ou une petite fille kidnappé! D'ailleurs, très souvent ils sont violés, tués et les parents supplient qu'on leur redonne leur petit chéri! Ou encore, des enfants se font battre par leurs parents et après ils se vantent que leurs enfants sont  bien élevés; forcément, s'ils sont battus! Et les assassins qui commettent ce genre de crime sont mis en prison dès qu'on les découvre. Moi, je dis qu'ils ne méritent que la mort, car ils ont causé la mort, donc ils doivent mourir! Les morts injustifiées? Tiens, parlons-en! C'est toujours les mêmes qui provoquent cela: des meurtriers à qui le crime passe par la tête ou alors ce sont des professionnels, des loups assoiffés. On entend ces informations à la télévision et à chaque passage du journal télévisé, il y en a au moins un qui crée un scandale. La justice, elle, ne fait rien; enfin si, mais tout à l'envers. Elle ne sanctionne pas assez les gens qui le méritent. Certaines fois, je la trouve trop dure et elle prend une décision après un temps trop long.

Et toi, n'es-tu pas d'accord avec moi que tout cela est totalement stupide? Est-ce que tu penses la même chose que moi?
                                 
Merci de bien vouloir lire ma lettre.


Chère citoyenne,

Naturellement, les injustices, les inégalités et les mœurs violentes ne peuvent et ne doivent pas nous laisser indifférents. Je peux admettre que, pour être vertueuse, la justice se doit d’être prompte et intègre, consolante envers les victimes et inflexible envers leurs bourreaux. Je pourrais aussi partager momentanément avec toi un sentiment de colère humainement légitime face à des crimes horribles.

Cependant, la justice n’est pas vengeance, mais la sévérité, puissante, calme et modérée, et tout emportement auquel elle aurait le malheur de se livrer, altérerait inévitablement l’idée du juste et de l’injuste chez les hommes et dégraderait les âmes. L’horreur du crime diminue dès qu’il est puni par un autre crime horrible. Inutile et dangereux de multiplier les peines et les châtiments si rien n’est fait pour les prévenir! Or, le but premier de la société n’est pas de châtier les individus, mais de garantir le bonheur de tous les citoyens, et le premier devoir du législateur est de former et de conserver les mœurs publiques, qui sont la source de toute liberté et de tout bonheur social.

Il ne suffit pas de proclamer haut et fort les libertés et les droits de l’homme, si rien n’est fait pour mettre les lois et les institutions du pays en conformité avec ces droits, veiller inlassablement au sentiment moral du peuple, régénérer les mœurs des hommes et leur inculquer l’idée de leur dignité et de leur souveraineté en même temps que le saint respect des droits de tous leurs concitoyens. C’est une maxime simplissime que celle-ci, et tant que le gouvernement ne voudra pas la mettre en pratique, il sera pris entre l’écueil de l’ignominieux laisser-aller et celui de la répression malsaine outrageant la délicatesse publique.

Salut et fraternité, citoyenne!

Maximilien Robespierre