Sylvie
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

La France aux Français!

    Citoyen,

Je suis une patriote, une nationaliste, une Française qui veut que la France reste et demeure française avec son peuple de race blanche et de culture judéo-chrétienne.

Que pensez-vous des idéaux nationalistes de nos partis actuels (MPF, FN, MNR)? Si vous viviez aujourd’hui, je suis sûre et certaine que vous seriez aux côtés de Jean-Marie Le Pen, car dans son parti il a un dénommé Saint-Just.

Seriez-vous encarté au FN ou au MPF, aujourd’hui?

Que pensez-vous du slogan «la France aux Français!»?

Je suis une Française qui veut que sa patrie reste pour toujours française!, comme le disait jadis le général de Gaulle.

Française, patriote, nationaliste, avec un héritage gaullien.

Vive la France!

Sylvie



Citoyenne,

J’ignore certes les personnes dont vous me citez les noms, mais soyez assurée que si je vivais à votre époque, je ne serais certainement d’aucun parti, comme je ne le suis aujourd’hui et comme tous les vrais patriotes. Il n’existe point de «bons» et de «mauvais» partis, et nul républicain sincère ne voudrait s’en faire un. La République, elle, est une et indivisible, et toute faction est une chose exécrable car elle tend à diviser le souverain et altère la volonté générale. Peut-on vouloir appartenir à une faction alors qu’on appartient au peuple entier, alors qu’on est du peuple? Un dénommé Saint-Just peut très bien entrer dans une faction à votre époque, ce nom n’est point rare, mais il est à croire que le Saint-Just que je connais n’en fera jamais partie.

De même, je voudrais vous faire remarquer que la France n’est pas un pays de culte «judéo-chrétien». Quoique le peuple français ait reconnu l’existence de l’Être suprême, aucune religion n’est obligatoire, et la liberté de tous les cultes est maintenue et a été réaffirmée récemment par la Convention nationale à l’attention des extravagants qui voulaient ériger l’athéisme en un nouveau et unique culte.

Il va de soi que la France étant libre et souveraine, n’est point la propriété de tel ou tel individu royal ou de son auguste famille, et ne peut appartenir à personne d’autre qu’aux citoyens français, ou disons plutôt que tous les citoyens appartiennent, eux, à la Patrie. Le peuple français, libre et indépendant, est maître dans son pays. Je m’étonne que vous ayez besoin  d’insister tant là-dessus, n’est-ce pas l’évidence même?

Je précise que j’entends par le peuple l’ensemble des citoyens français, et je ne m’attarderai pas d’avantage sur cette définition, la Constitution précisant les conditions de plein exercice des droits du Citoyen et le mode d’une éventuelle naturalisation. Évidemment, le noble titre du citoyen français ne doit pas être prodigué au hasard. Mais il est prouvé à cette heure que le fait d’être né français n’offre aucune garantie du patriotisme car, comme vous le savez, il n’y a pas de pire ennemi de notre République que les aristocrates français émigrés qui caressent d’horribles desseins de mettre la patrie à feu et à sang. De l’autre côté, comment saurait-on oublier ces dévoués républicains que fut le malheureux Lazowski né de parents polonais, que sont l’honnête Pache ou le probe et juste Fleuriot, patriote belge? Ils sont, eux, de véritables Français.

Pour en venir donc à votre désir transparent de chasser hors de France toute présence étrangère, Citoyenne, je vous dirai que depuis la Révolution, la nation française a solennellement renoncé aux conquêtes, voulu fraterniser avec tous les peuples et ouvert ses bras à tous les martyrs de la cause des droits de l’homme. Mais je n’oublie pas que l’expérience a été amère et qu’il y a aujourd’hui parmi nous, dans nos armées, dans toutes nos administrations, dans les sociétés populaires, trop d’agents de l’étranger qui nous trahissent quotidiennement et tendent par tous les moyens à discréditer le gouvernement révolutionnaire et à lui faire commettre les pires excès. Après que l’étranger a tant abusé de notre confiance, une hostile méfiance vis-à-vis des étrangers s’est installée chez les patriotes, je ne l’ignore pas. Étant en guerre avec les puissances monarchiques qui nous entourent, nous avons donc été amenés à prendre des mesures sévères vis-à-vis des ressortissants de ces pays. Je déclare moi-même que je suis peut-être le révolutionnaire le plus méfiant, et que tout étranger qui tenterait de nuire à la République doit être réprimé avec rigueur. Mais ce sentiment de suspicion, fût-il mille fois légitime, ne doit toutefois pas nous faire oublier que partout à travers le monde, des défenseurs de l’humanité sont encore persécutés, victimes malheureuses des tyrans qui règnent dans leurs pays. Ils seront toujours nos frères et ils trouveront toujours un refuge chaleureux sur le territoire français.

Vive la République!


Maximilien Robespierre



Citoyen,

Je suis un peu contradictoire dans mes idées politiques: actuellement on peut être républicain et royaliste, ce qui n’est pas interdit à mon époque. Républicain pour le respect des institutions de la Ve République, et royaliste parce qu’on est légaliste. On défend les règles, les lois, les idéaux qui ont fait notre Histoire.

J’aime bien le général de Gaulle, qui a libéré la France de l’occupation allemande en 1944. Il a restauré la République et a donné de solides institutions qui demeurent présentes jusqu’à maintenant. Nous sommes sous le régime de la Ve depuis plus de quarante-neuf ans.

Aujourd’hui, nous avons élu depuis le 6 mai un président de la République pour cinq ans (avant, c’était pour sept ans) qui s’appelle Nicolas Sarkozy, et je l’aime beaucoup. Je l’apprécie pour son courage.

Je suis républicaine dans l’âme et royaliste de cœur. Cela n’est pas contradictoire, car on défend peu ou prou des idées, des traditions, des coutumes, voire ses libertés. Je n’ai pas voté pour madame Ségolène Royal, ni pour son parti (celui de monsieur François Hollande, son ex) mais pour Philippe de Villiers au premier tour, et au second en faveur de Nicolas Sarkozy. Sarkozy est d’origine hongroise et ce n’est pas le premier président à être d’origine européenne: avant lui, en 1873, la France fut dirigée par un président royaliste répondant au nom de Mac-Mahon. Patrice de Mac-Mahon était de souche irlandaise.
Je n’ai rien contre les étrangers mais, vois-tu, ce qui m’inquiète, c’est la progression de l’islam en France. Constructions de mosquées à l’encontre des lois laïques de 1905, port du foulard ou de la burka par les femmes musulmanes, montée de l’islamisme dans nos banlieues, etc. Tout cela m’interpelle. Quelle sera la Jeanne d’Arc du XXIe siècle qui pourra sauver le peuple de France de l’invasion islamique? À moins que le président des USA vienne à notre secours en envoyant une armée débarquer sur nos côtes, comme on l’a vu le 6 juin 1944 en Normandie, pour libérer l’Europe du joug nazi.

J’aime bien discuter, surtout avec un personnage historique tel que toi.

Continuons de dialoguer et d’échanger nos idées.

Cordialement.

Sylvie



Citoyenne,

Le Ciel m'est témoin que j'apprécie le dialogue que nous avons noué, mais il semble que vous restiez impénétrable aux idées des droits de l'homme que mon humble raisonnement tâche de vous retranscrire. Non que je veuille opprimer votre liberté de penser, mais je voudrais que vous examiniez les idées conçues sur la souveraineté, la citoyenneté, les lois et la liberté, sous la lumière des vérités nouvelles. Or, vous vous obstinez à garder sur le sujet les idées les plus fantaisistes et antinomiques.

Ne le prenez pas pour offense, Citoyenne, mais ce que vous dites n'a pas de sens. Quelle que soit l'époque, il est impossible d'être à la fois républicain et royaliste. Il ne s'agit nullement de l'interdire ou de le permettre; mais il est impossible de changer la nature de l'un et de l'autre. Il n'y a que trois formes de l'État, il n'y en a pas plus, et elles ne peuvent coexister car la source de la souveraineté n'est point la même. L'on ne peut sans abuser se déclarer républicain, donc reconnaître la souveraineté du peuple, et monarchiste, donc croire à la souveraineté du roi. D'autant plus que le royalisme n'est en rien un synonyme de légalité car il désigne l'allégeance à la monarchie absolue, la plus odieuse de toutes. Elle ne repose point sur des lois telles qu'un homme libre les entend, mais sur les passions et les volontés d'un roi qui, au-dessus de toute loi, seul énonce ses décisions prises selon son bon plaisir et seul les met à l'exécution, un roi qui est le seul législateur et le seul juge. Si vous appelez cela «légalité», j'observe que telle n'en est pas la définition des grands philosophes de la raison et j'avoue que nos opinions diffèrent sensiblement sur ce sujet.

Comme je vous le disais dans mon précédent courrier, je ne peux comprendre votre grande inquiétude à cause de telle ou telle religion que les Français se plaisent à embrasser. Certes, il y a toujours un danger que les conspirateurs, se couvrant de l'article constitutionnel sur la liberté des cultes, en tirent un moyen de faire renaître le fanatisme et d'essayer de détruire la liberté publique. Mais dans une république bien établie, nulle mesure extraordinaire n'est nécessaire pour repousser le fanatisme et en prévenir tout abus possible de la liberté; il suffit pour cela de rappeler les lois existantes et de déployer, si nécessaire, des moyens pacifiques et conformes à la constitution.

Par contre, j'ai trouvé dans votre courrier certains points bien plus inquiétants, sur lesquels tout patriote devrait vraiment être alarmé. Le fait que les Français se soient mis à élire directement un président m'interpelle bien plus que la construction de quelques lieux du culte ou l'engouement subit des Français pour la croyance musulmane. Le plus grand danger qui menace la liberté dans tous les pays, c'est une trop grande influence qui s'accumule avec le temps entre les mains du pouvoir exécutif puisque c'est lui qui fait mouvoir toutes les forces de l'État. D'où la nécessité de prévoir dans la constitution les moyens empêchant l'exécutif d'usurper la puissance du peuple. D'où la nécessité de veiller à ce que, dès le départ, il n'ait point autant d'importance que la représentation nationale. Le conseil exécutif ne doit donc pas être nommé directement par le peuple, sinon le despotisme renaîtra sous une forme nouvelle.

Or, loin de suivre ces maximes salutaires, les Français de votre époque ont non seulement confié les rênes de l'État à un seul homme comme aux temps de la royauté, mais ils l'élisent au suffrage direct! C'est un scandale et une honte! Mais quelle garantie pouvez-vous donc vous offrir contre un tel chef de l'exécutif surpuissant à qui vous conférez une partie de la souveraineté en l'élisant de la même manière que vos représentants? La souveraineté ne se délègue point de cette manière-là; il suffit de se rappeler le triste destin de la constitution de 1791 qui voulait nous offrir un monstre politique bicéphale en déclarant le roi représentant du peuple alors qu'il n'en pouvait être que le commis.

Vous me questionniez dans votre dernière lettre sur les maximes qu'il faudrait rappeler à vos hommes politiques. Je crains que ce soit surtout les Français qui les aient oubliés, ces maximes des droits de l'homme et du citoyen et les fondements de leur liberté! La souveraineté d'un peuple ne se réduit pas à être appelé de temps en temps à élire des représentants. Si la volonté générale est divisée, si vos représentants sont impuissants, si l'exécutif est irresponsable, si le peuple n'exerce plus son contrôle sur le gouvernement, il a perdu sa souveraineté. Si vous êtes gouvernés par un despote, ne vous bercez pas de l'illusion d'être un peuple libre; cette liberté, vous avez vous-mêmes consenti à l'anéantir.

Mes salutations, Citoyenne,

Maximilien Robespierre, citoyen d'un pays libre