Heraldik
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

La fin justifie-t-elle les moyen?

    Citoyen Robespierre,

Tout d'abord, je vous souhaite un bon jour. Je suis personnellement passionné d'histoire et de politique et, pour cette raison, j'aimerais vous poser une question qui, si elle concerne vos actions et les événements qui sont survenus durant votre vie, est encore d'actualité aujourd'hui. La fin justifie-t-elle les moyens? En effet, il n'a pu vous échapper que beaucoup vous considèrent comme un boucher sanguinaire, un traître à l'idéal révolutionnaire. Personnellement, je continue de croire que vous faisiez ce que vous considériez comme nécessaire à la survie de l'œuvre révolutionnaire. Cependant, peut-on vraiment sauver la Révolution en trahissant ses principes fondamentaux? "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté" disait Saint-Just. Mais être libre ne consiste-t-il pas justement en la possibilité de s'opposer à la liberté, si on le souhaite? Et une crise justifie-t-elle qu'on bafoue les principes que nous pouvons considérer comme sacrés? Ce sont autant de questions que je souhaiterais vous poser.

Sincèrement,

Heraldik.


Citoyen,

Je ne crois pas que le but de votre question était de savoir si je suis d’accord avec la logique des saints pères, comme je n’ai pas, à vrai-dire, de loisir à philosopher stérilement sur un sujet aussi vaste que les rapports entre les buts et les moyens.

Je vous parlerai plutôt de la Révolution et de ses principes que vous nous croyez avoir trahis pour le salut de la patrie. Non, ils n’ont point été violés, les idéaux de la Révolution, malgré les mesures sévères auxquelles elle a été contrainte de recourir. Quels sont-ils, ces principes fondamentaux tels que les définit la Déclaration des droits de l’Homme? C’est la liberté et l’égalité. La liberté n’est point licence; ce n’est point la permission de faire tout ce que bon nous semble, mais la possibilité de faire tout ce que ne nuit pas à autrui. Etre libre en société, c’est obéir non pas à la volonté étrangère à la nôtre, mais aux lois générales à l’élaboration desquelles on a participé. L’égalité n’est point la loi agraire et le nivellement des fortunes. L’égalité est la conséquence directe de la liberté et lui est indissociable car c’est la réciprocité des droits; tous les hommes sont libres de par la naissance, sans exception, et chacun jouit par là des mêmes droits.

Ainsi, la liberté ne consiste donc pas à opposer mes droits aux droits de l’autre, comme vous le prétendez; elle est dans le respect mutuel de nos droits identiques. La tolérance n’est point la faiblesse, et la démocratie n’est point l’anarchie; c’est le maintien des droits et de la liberté de tous les citoyens; c’est le but de toute société humaine. Celui qui ne respecte pas la liberté des autres, ne peut prétendre que l’on respecte la sienne. Qui porte atteinte aux droits de son prochain, se prive lui-même de ses droits car en rompant le contrat, il se met en état de guerre et doit être combattu en ennemi. Il ne peut donc pas y avoir de liberté pour les ennemis de la liberté.

J’espère avoir apporté un éclaircissement à vos interrogations.

Salut et fraternité!

Maximilien Robespierre