Erfourn
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Je vous déteste...

    Oui, vous Robespierre, qui avez fait tant de mal à notre pays, je vous déteste! Vous avez sur les mains le sang de Leurs Majestés le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette. Vous avez sur les mains le sang de milliers de françaises et de français qui ont eu le seul tort de n'être pas d'accord avec vos idées barbares. Vous avez été un sanguinaire, un dictateur, un être imbu de sa personne. Mais la justice existe. La France a mis du temps à se remettre de vos crimes.

Quant à nos Souverains bien aimés, ils sont vengés; vous voyez, nous sommes au XXIe siècle. Chaque 21 janvier, des messes sont toujours célébrées à la mémoire de notre roi. Les églises sont toujours debout et on y célèbre toujours la messe. Le calendrier grégorien est revenu. Nous fêtons Noël, Pâques, les Rois. Les Bourbons que vous jalousiez ont toujours descendance. Vous aviez oublié la branche espagnole! Et il y a toujours des françaises et des français pour crier VIVE LE ROI, VIVE LA REINE. Quant à vous, à part quelques rues dans certaines localités du pays, vous êtes tombé aux oubliettes.

Oui, l'Histoire est justice.



Mon brave,

Je ne daignerai point répondre aux accusations tant fantaisistes que gratuites dont vous m'accablez, ni rivaliser avec Louis Capet en comptant le nombre de rues portant mon nom ce à quoi je n'attache aucune espèce d'importance,- ni encore moins vous parler de ce qui est justice...

Je me bornerai à vous objecter humblement qu'il n'y a absolument pas de quoi être fier si, dans votre XXIème siècle, il existe encore des pauvres et des pauvrettes pour pleurer et idolâtrer un tyran depuis longtemps renversé, ou pire encore, pour se créer un nouveau roi imaginaire pour s'agenouiller devant. C'est bien triste de vous voir vouloir à tout prix vous faire esclaves alors qu'il y a plus de deux cents ans déjà que les Français sont libres... Mais rassurez-vous, vous n'êtes point originaux et ce phénomène n'est point nouveau; déjà le célèbre La Boétie parlait avec mépris de cette «servitude volontaire» dont vous et vos semblables faites preuve avec un zèle qui aurait honoré toute autre action à laquelle puisse s'appliquer, dans une république, l'énergie d'un être raisonnable et émancipé. Je me permettrai simplement de vous rappeler qu'un homme naît et vit libre; égal à ses semblables, il ne se prosterne devant aucun roi car il n'a pas et ne peut pas avoir d'autres souverains que la nation dont il est fièrement partie intégrante. Ces principes ne sont point barbares, mais au contraire, ce sont les seuls que la raison et la conscience nous dictent, comme ils ne sont point à moi en particulier, mais à l'humanité entière car ils sont transcrits dans tous les coeurs. Si vous arrivez encore à bien lire dans le vôtre, vous les y trouverez.

Vive la République!

Maximilien Robespierre



Eh bien oui, s'il est encore au XXIe siècle, des gens pour prôner le retour à la monarchie, c'est tout simplement parce que votre république a échoué lamentablement... Celui qui la préside n'est qu'un chef de parti, incapable de fédérer le Bon peuple de France. La république a trahi le peuple. Ses politiciens sont davantage occupés à se servir et à se remplir les poches (pour rappel, sachez que la république française coûte actuellement aux français deux fois plus cher que la Monarchie espagnole...) qu'à servir le pays et les Français.

Alors, vous me traitez de «pauvre» (ce terme montre bien le mépris que vous pouvez ressentir pour tous ceux qui ne pensent pas comme vous). Non, je n'idolâtre pas mon Roi, je l'aime, et voilà toute la différence. Vous avez sans doute trouvé vous aussi bon nombre d'avantages à vous occuper de politique, car votre carrière était plutôt minable et ne pouvait en aucun cas combler votre soif de pouvoir. L'image que l'Histoire a donné de vous est celle d'un homme ignoble, imbu de sa personne et qui, ma foi, ne dédaignait pas d'être lui-même porté aux nues et idolâtré...

VIVE LE ROI, À BAS LA RÉPUBLIQUE!



Voyez-vous, mon petit,

Vous vous trompez en m'attribuant des sentiments aussi durs envers vos camarades; même si cela avait été le cas, je n'aurais pas cru nécessaire de me justifier longtemps, car vous non plus, ne semblez pas éprouver pour ceux qui osent avoir d'autres idéaux à servir, des sentiments angéliques. Mais ce n'est point de mépris que j'ai pour vous, c'est de la pitié tout simplement... Comme on en ressent pour les pauvres en esprit encore que je ne crois pas que vous apparteniez à ceux d'entre eux à qui le Seigneur voulait offrir le royaume des Cieux. Si les rois sont à l'ordre moral ce que sont les monstres à l'ordre physique, alors les partisans de la royauté sont ce que sont à l'ordre physique les infirmes mentaux. Il y a dans ce monde des malheureux qui, quoique dotés d'yeux et d'oreilles, sont privés de vue ou d'ouï, comment ne pas les plaindre? Et comment alors ne pas vous plaindre, vous qui, quoique dotés de la raison, êtes visiblement privés de son usage, et quoique dotés d'orgueil, avez la dignité humaine complètement atrophiée?

Moi, je reste humblement d'avis qu'il y a sur cette terre maints objets bien plus dignes de l'amour humain qu'un individu couronné et tout ce qui est attaché au trône sur lequel il lui semble bon de poser son auguste fessier. De même, je croirai toujours qu'un homme libre et intelligent aimera toujours mieux le gouvernement populaire, son ouvrage et sa propriété, dont il lui est toujours possible d'amender les failles, et n'acceptera jamais de se ployer sous l'oppression d'un pouvoir, oeuvre de la domination étrangère et des mensonges séculaires.

En outre, je ne puis en dire plus de choses sur votre irrésistible penchant de vous faire à tout prix dominer, que le grand philosophe n'en avait déjà dit avant moi, et je ne puis que vous recommander avec insistance d'étudier son Discours de la servitude volontaire.

En espérant que vos infirmités ne sont pas incurables,

Maximilien Robespierre