Simon Larente
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Inversons les rôles, citoyen

    Citoyen Robespierre,

Louis Capet a été reconnu coupable de trahison et exécuté. Te serait-il possible de me citer les chefs d'accusations exacts?

Ensuite, j'aimerais te proposer un petit jeu:

Comment le roi aurait-il dû agir afin de sauver sa tête? Quelles actions aurait-il dû entreprendre, disons à partir de la convocation des États-Généraux, afin de ne pas se faire accuser? Était-il déjà trop tard? En somme, si toi, citoyen, tu avais été le roi de France, comment aurais-tu agit?

Je sais que tu te considères comme un grand démocrate et qu'en aucun cas, tu n'aurais voulu être roi, mais je te demande de jouer le jeu, pourquoi pas?

Je termine avec une dernière question qui est sans rapport avec me paragraphes précédents. Fallait-il abolir complètement la monarchie? Te serais-tu contenté d'une monarchie parlementaire (avec ou sans Louis Capet) comme c'est le cas en Angleterre?

Merci de m'avoir lu,

Simon Larente



Citoyen Larente,

Heureux de te retrouver à nouveau. J'espère que tu te portes bien.

Je ne saurais te répondre s'il fallait ou non abolir la monarchie, puisqu'il ne m'appartient point d'en décider. Je suis en effet partisan de la démocratie, c'est-à-dire d'un état où le peuple serait souverain et libre, n'obéissant qu'aux lois qu'il se serait données lui-même. Rousseau avait appelé «république» tout état régi par des lois, ces dernières étant l'expression de la volonté générale, tandis que la forme du gouvernement pouvait y être organisée différemment, pourvu que le gouvernement ne se confonde point avec le souverain, mais soit son ministre. Alors, la monarchie elle-même est république, disait le Citoyen de Genève. Bien des patriotes sincères en furent longtemps persuadés, mais l'exemple de Louis Capet nous a bien démontré que jamais la monarchie et la souveraineté du peuple ne peuvent coexister. Néanmoins, même dans l'hypothèse du contrat social conclu entre le prince et la nation, cette dernière, étant souveraine, est libre de changer la forme du gouvernement si elle le juge à propos, et elle a fait savoir sa volonté le jour du 10 août; je n'ai rien à y redire.

Quant à l'Angleterre, elle pouvait nous paraître libre lorsque nous vivions dans l'esclavage le plus vil, mais elle n'est en rien un exemple pour nous, depuis que le peuple français a affirmé sur la terre le règne providentiel de la liberté et de la justice.

Louis Capet a été accusé de conspiration contre la liberté et d'attentat contre la sûreté générale de l'État. Il a été reconnu coupable à l'unanimité. Nul n'a osé l'innocenter pour ces forfaits, même ceux qui aspiraient secrètement à le soustraire au châtiment mérité. Tu ne voudras pas toutefois que je reproduise ici son acte d'accusation? Je ne l'ai pas en mémoire en entier; il a été rendu public par la Convention, et rare est le journal qui ne l'a pas reproduit dans ses pages.

Toute sa conduite depuis l'ouverture des États généraux fut critiquée, car ce n'est point de quelque acte inconsidéré que le roi fut accusé, mais d'avoir oeuvré systématiquement et avec persévérance au rétablissement de sa tyrannie et à l'anéantissement de la liberté de la nation, quitte à anéantir l'État pour cela. Ce but, toute une multitude de crimes le visèrent. Il s'opposait ouvertement à toutes les conquêtes de la liberté, il entendait dicter les lois à la nation et menaçait ses représentants et les citoyens de Paris, ne cédant que lorsqu'il voyait le peuple victorieux. Il fomentait et entretenait secrètement les troubles de l'intérieur et suscitait par ses agents la haine des puissances étrangères envers la France. Il a fui le 21 juin 1791, en désavouant ouvertement l'assemblée du peuple et la constitution dont il devait être le premier garant. Il avait voulu la guerre et avait désorganisé l'armée afin de faciliter la victoire de l'ennemi. Le jour même du 10 août, il a fait couler le sang du peuple français; ce seul outrage suffit à le condamner!

La réponse à ta question «Comment aurait dû agir le roi afin de conserver sa tête» est donc simple: certainement, il n'aurait jamais dû commettre le moindre de ces crimes, il n'aurait jamais dû attenter aux droits et libertés de la nation! Ce serait faux de penser, comme sous-entend ton message, que ce pauvre Louis avait été condamné à perdre sa tête dès la convocation des États généraux! Bien au contraire, je me souviens que pour cela, l'Assemblée nationale lui a décerné le titre du «père de la nation». Après l'abolition des privilèges, n'a-t-il pas été appelé «le restaurateur de la liberté française»? Que ne s'est-il pas inspiré de ce principe salutaire dans chacun de ses actes?

Nul besoin de me mettre à sa place pour lui prescrire la bonne manière d'agir, tu peux le faire aussi bien, il suffit pour cela d'être droit et d'avoir du bon sens. Il ne lui fallait que se montrer digne de ce titre glorieux afin de justifier les espérances que la nation avait placées en lui, afin de conserver toute l'estime que le peuple lui avait accordée, ou bien se déclarer ouvertement au-dessous de ce beau rôle.

Vive la République !