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Maximilien de Robespierre

     
   

Hommage

    Citoyen Robespierre, pourquoi la France et l'Europe entière ne vous ont-elles jamais rendu l'hommage que vous avez bien mérité? Pourquoi certaines des plus grandes places et rues de Paris ne sont-elles pas intitulées à votre nom?

Danila Comastri Montanari, citoyenne italienne, écrivaine de romans historiques de profession.



Citoyenne Danila Comastri Montanari,

Je vous remercie de cette aimable opinion que vous avez bien voulu vous former de ma personne, ainsi que de cet intérêt qu'une citoyenne de l'Italie voisine nourrit pour notre Révolution. Je suis heureux de saluer une femme de lettres aussi éclairée et je voudrais espérer que vos romans rendent à la vérité historique l'hommage dont nous lui sommes redevables.

Quant à votre question, à mon époque, la décision des noms que porteront les rues et les places, revient en règle générale aux communes et j'aurais pu vous répondre qu'il serait plus logique de questionner la municipalité de Paris ou d'autres autorités compétentes. Mais, convaincu que ce n'est point cette pauvre réponse que vous souhaitez entendre de moi, j'ose vous soumettre quelques réflexions permettant peut-être d'y apporter quelque lumière.

Il ne m'appartient pas de répondre des motivations des autres. Je ne peux donc que parler de moi et rendre compte de ma conduite depuis le début de la Révolution. J'ai toujours méprisé les cadeaux et les caresses de tout parti, j'ai refusé les appâts de l'ambition et de la vanité que les hommes influents me tendaient. Je n'ai vu devant moi que le bonheur public et les droits de l'homme. Sans craindre les ennemis de la révolution, j'ai démasqué les intrigants et les ambitieux qui cherchaient à écraser la liberté et à s'élever sur les ruines de la République. Avec d'autres patriotes, j'ai toujours fermement défendu les droits du peuple, je me suis battu pour sa liberté, pour la justice et l'égalité entre les hommes, contre les partisans du despotisme et l'aristocratie, celle de la naissance et celle des riches, la pire de toutes. Elle est certes ici, la raison de cette proscription dont je suis aujourd'hui l'objet. Celui qui ose rappeler sans cesse les droits inaliénables de la nation et qui combat avec un courage inflexible tous les partis sans en embrasser aucun doit attirer sur lui la calomnie et la haine éternelles de tous les ambitieux, tous les aristocrates, tous les intrigants et tous les oppresseurs. Si cette haine est toujours aussi vive, il est légitime de se demander si les ambitieux et les riches égoïstes que j'ai combattus ne sont pas toujours au pouvoir et s'ils ne dominent toujours dans ton monde.

Si j'avais donc transigé avec ma conscience, si j'avais rejoint un de ces partis qui ont tant de fois essayé de me corrompre, si j'avais abandonné les droits du peuple, le bonheur de ma Patrie, l'intérêt général, au profit des intérêts particuliers de cette faction, et si je m'étais consacré à lui arroger le droit insolent d'opprimer impunément ses semblables et de partager avec d'autres fripons la dépouille de la Patrie comme leur ignoble butin, j'aurais été à l'abri de leurs persécutions et je pourrais certes espérer avoir plus tard quelque récompense de la part des puissants de ce monde. J'avoue que j'attache peu d'importance à cet honneur douteux si chèrement payé que d'avoir une rue à mon nom, alors qu'elle avoisinerait peut-être avec celle portant le nom d'un roi quelconque ou d'un aristocrate satellite de la tyrannie, ou d'un fripon adroit, si par malheur il en reste encore dans la bonne ville de Paris. Ce jeu de la vanité sied certes à un ambitieux pétri d'orgueil, mais il serait indigne d'un serviteur de la cause de la liberté qui ne veut point pour lui d'autres faveurs que l'amour des hommes probes et dévoués à la Patrie.

Je vous salue, Citoyenne, et reste votre humble et dévoué serviteur,

Maximilien Robespierre