Êtes-vous vraiment si seul?
       

       
         
         

Sandrine

      Citoyen Robespierre,

J'ai plusieurs questions à vous poser. Aviez-vous essayé de vous suicider ou est-ce en voulant vous défendre que vous vous êtes brisé la mâchoire? Avez-vous volontairement renoncé à votre particule? Un livre sur votre vie était intitulé L'homme Robespierre histoire d'une solitude. Êtes-vous vraiment si seul?

À bientôt en espérant que vous répondrez à mes questions.

Sandrine
          
          

Robespierre

      Citoyenne Sandrine,

Je m'empresse de vous donner des réponses à vos trois questions.

- Si vous vous interrogez sur la nuit du 9 au 10 thermidor, je vous assure que je n'ai pas tenté de porter atteinte à mes jours, et je ne me suis pas blessé par mes soins en me défendant. Je ne pourrai toutefois vous donner plus de précisions sur l'identité de l'exécuteur de cette besogne, car tout simplement je n'ai pas eu le temps de l'apercevoir.

- Mes aïeux signaient Derobespierre ou de Robespierre, sans se faire passer pour des aristocruches. Moi, pendant longtemps, j'ai signé «de Robespierre», mais cette «noble» particule n'est point noble proprement dit, je l'avoue. J'ai renoncé à son usage absolument volontairement. J'aurais dû le faire depuis longtemps si je n'avais pas été, comme tous les Français à l'époque, esclave de fausses et vaniteuses maximes que l'aristocratie nous avait données.

- Sans le chercher spécialement, dans ma vie, il est vrai, j'étais souvent seul, en frayant mon chemin sans conseil et sans appui particulier. Je ne saurai oublier la tendresse et le réconfort qui me portait ma famille, mais elle n'était pas constamment présente, la vie en a décidé ainsi. Néanmoins, la solitude, Citoyenne, est une bonne chose lorsqu'on a quelqu'un à côté avec qui parler que la solitude, c'est une bonne chose. Heureusement pour moi, j'ai ce quelqu'un.

Salut et fraternité, chère Citoyenne,

Maximilien Robespierre