D'une citoyenne espagnole
       

       
         
         

Citoyenne Granado

      ...MY dear "Monsieur",

I'm a spanish admirer of yours, feeling pretty proud about it. I'm truly sorry for not being able to write in french (language that I talk and understand by reading); I'm completely unable to compose a clear sentence in french. Hope the citoyen Marc Antoine Jullien - l'agent spécial du Comité de salut public - won't have any problem in translating my words...

I understand you've had a very close friendship with the citoyen Camille Desmoulins, for you've met very young whilst studing at Louis Le Grand. I beg your presence here, at Dialogus, to know and understand the real consequences on you after his execution. I know it was really Saint Just who ordered his arrest and death during "Vêntose"; and I understand you've had been in Desmoulins's "defence" for months just before his fall... I really think your appearence at the turbulent fore of the revolution fell after "the girondist's" deaths. Was Desmoulins, probably, the only real friend you were counting on personally in your life?... Was his betrayal the cause that, morally, let you down?? A cruel decision for you, the one that said "public benefit is above personal interests, and friendships".... Things I've studied on your life indicate me those executions were just the beginning of the end in your heart, taking the fact that you showed after some signs of depression, NEVER giving up to your high and admirables ideas. Am I wrong?

And another question: were you really in differences with your sister Charlotte while living with the Duplays? I understand she was angry and jealous, reclaiming her "sisterly right" to keep the house for you. Your brother and sister -Augustin and Charlotte- deserve my best desires. Augustin died with you while showing an admirable courage and firm republicanism; Charlotte was always trying to protect your memory after your execution, and I think she was an "exemplary" woman; sacrificing her life, her privacy, all those agitated years; giving her heart to "the cause", as firmly as you also did. She wasn't able to see you while you were injured at the Commune...

My best regards, citoyen. Congratulations for being the best ideologist of the last 300 years. Pass my hello to ALL those I mention in this letter. It's said that "what happened with Robespierre was the error of putting a normal person in the place of a tyran"..., and I agree.

Citoyenne Granado
         
         

Citoyenne Granado

      Traduit par Marc Antoine Jullien, l'agent spécial auprès du Comité de salut public

Mon cher «Monsieur» [en français dans le texte ó ndtr],

Je suis votre admiratrice d'Espagne, et j'en suis fière. Je suis vraiment désolée de ne pas être capable d'écrire en français (langue que j'arrive à parler et comprendre en lisant); je suis complètement incapable de composer une phrase claire en français. J'espère que le citoyen Marc Antoine Jullien, l'agent spécial auprès du Comité de salut public [en français dans le texte ó ndtr], n'aura pas de problèmes pour traduire ces mots'

Je comprends que vous étiez très étroitement lié d'amitié avec le citoyen Camille Desmoulins que vous avez rencontré très jeune, en suivant les études au collège Louis-le-Grand. Je profite de votre présence ici, chez Dialogus, pour apprendre et comprendre les vraies conséquences de son exécution pour vous. Je sais qu'en vérité ce fut Saint-Just qui avait ordonné son arrestation et sa mort en ventôse, et je comprends que vous étiez à la défense de Desmoulins les mois juste avant sa chute' Je pense vraiment que votre apparition dans le devant turbulent de la révolution diminue depuis la mort des girondins. Desmoulins était-il probablement votre seul véritable ami sur lequel vous comptiez personnellement, dans votre vie? Sa trahison fut-elle moralement la raison de votre déception? Une cruelle décision pour vous qui aviez dit «le bien public est au-dessus des intérêts privés, et des amitiés...». Les choses que j'avais apprises de votre vie, m'indiquent que ces exécutions furent juste le début de la fin dans votre cúur, compte tenu du fait que vous vous êtes montré, après maints signes de dépression, ne jamais vous rendant pour vos idées hautes et admirables. Ai-je tort?

Et une autre question: étiez-vous vraiment divisé avec votre súur Charlotte lorsque vous viviez chez les Duplay? Je comprends qu'elle était méchante et jalouse, réclamant son «droit de súur» de tenir votre maison. Vos frère et súur, Augustin et Charlotte, méritent mes meilleurs souhaits. Augustin est mort avec vous, en montrant un courage admirable et un républicanisme ferme; Charlotte avait toujours essayé de protéger votre mémoire après votre exécution, et je crois qu'elle fut une femme «exemplaire», sacrifiant sa vie, son intimité pendant toutes ces années agitées, offrant son cúur «à la cause», aussi fermement que vous le fîtes. Elle n'a pas pu vous voir lorsque, blessé, vous étiez à la Commune.

Agréez mes meilleurs sentiments, Citoyen. Mes félicitations d'être le meilleur idéologiste de ces derniers 300 ans. Passez un bonjour à tous ceux que je mentionne dans cette lettre.

On dit que «ce qui s'est passé avec Robespierre, c'était l'erreur de mettre une personne normale à la place d'un tyran»', et je suis d'accord.

Citoyenne Granado
         
         

Robespierre

      Chère Citoyenne,

Remercions le citoyen Jullien de rester toujours à notre écoute, car il est souvent absent pour des missions longues et dangereuses.

Votre courrier est un témoignage vivant que le vrai patriotisme ne connaît pas de frontières et que le peuple espagnol est aussi sensible aux idées républicaines, en dépit des tyrans et usurpateurs qui le gouvernent. C'est un message touchant et émouvant.

En vous répondant, j'espère rester serein malgré le fait que vous abordez dans votre lettre des sujets de genre privé, très sensibles et délicats, toujours est-il que vous le faites avec une candeur et un dévouement qui vous font honneur. Vous présentez mes relations avec Desmoulins comme la seule amitié qui comptait dans ma vie; n'en niant aucunement l'ancienneté et la sincérité, j'ai bien peur que la réalité diffère sensiblement du tableau que vous avez tracé. Il est tout à fait regrettable pour la République de perdre en la personne de Desmoulins un de ses serviteurs, mais, délibérément ou par faiblesse, Camille a servi la contre-révolution. Il a fait son choix lui-même, en préférant mettre sa plume au service de Danton et de sa clique plutôt que de se ranger du côté des vrais patriotes, du côté du gouvernement révolutionnaire. Quel que soit le retentissement de sa trahison dans mon âme, il ne pouvait ébranler ma croyance en la révolution et en la victoire de ses principes. Et j'avais des amis pour m'épauler dans cet épisode amer. Qu'il me soit permis de croire que je dois considérer comme mes vrais amis ceux qui ont partagé mon sort ou ceux et celles qui nous sont restés fidèles malgré tout.

En parlant de Charlotte, vous touchez, Citoyenne, à l'autre point sensible. Je ne crois pas Charlotte exemplaire ni stoïque, et je ne lui en veux point, elle n'est qu'une femme malheureuse, avec ses qualités et ses faiblesses. Elle aurait dû se marier, mais puisque ce n'était pas son destin' Même si elle a un caractère difficile, ce n'est pas de sa faute, elle est comme ça. Elle est ma súur, et je suis navré de m'être fâché avec elle. Dans les mésententes familiales, les deux côtés ont raison et ont tort. Comment donnerais-je tort à ma súur pour avoir voulu prendre soin de moi? Mais comment quitterais-je cette famille digne et chaleureuse, devenue ma deuxième famille que j'aime tant et qui est si gentille avec moi? Je regrette vivement que nos relations aient pris une fâcheuse tournure; le temps nous a cruellement manqué pour nous réconcilier.

Recevez, Citoyenne, mes meilleurs vúux pour une nouvelle année, qu'elle soit douce pour vous. Je ne manquerai pas de passer un bonjour de votre part à mes amis et à mes proches, excepté Desmoulins; désolé, ceci n'est plus en mon pouvoir.

Avec mes meilleurs sentiments,

Maximilien Robespierre


Traduit par Marc Antoine Jullien, l'agent spécial auprès du Comité de salut public


Dear Citoyenne Granado,

Let's thank the Citizen Jullien to be always ready to listen to us, because he's often absent for his long and dangerous missions.

Your letter is an alive testimony that the real patriotism doesn't know any frontier and the Spanish people feels the republican ideas as well as the French people, in spite of the tyrants and of the usurpers that govern it. It's a touching and moving message.

Answering you, I hope to keep my serenity, in spite of the fact that you approach in your letter the very susceptible and delicate private subjects, the fact remains that you do it with the ingenuousness and the devotion which honour your. You present my relations with Desmoulins as only friendship which existed in my life; I don't deny this ancient and sincere friendship, but I'm afraid that the reality is different from this image drawn by you. It's very regrettable for the Republic to lost in Desmoulins the one of its servants, but deliberately or by failing Camille has served the contre-revolution. He has chosen his way himself, preferring to put his nib to Danton's clique service instead of to side with the real patriots. Whatever the Camille's betrayal repercussions may be for me, it couldn't shake my belief in the revolution and his principles' victory. And I had my friends to back me up during this bitter episode. Let me believe my real friends were those who shared my lot or who were faithful to us forever.

About Charlotte. You touch, dear Citoyenne, another sensible point. I don't believe that Charlotte was exemplar or stoic, and I don't hold it against her, she's an unhappy woman only, with her qualities and her failings. She would be married, but if it wasn't her Destiny' Even if she has a difficult character, it's not her guilt, she is so. She is my sister, and I'm very sorry to have quarrelled with her. In the family disagreements, both sides are right and are wrong. How can I give my sister wrong because she wants to take care of me? But how can I leave, this dignified and warm family became my second family that I love so and that is so kind with me? I deeply regret that our relations have turned for the worse, we've cruelly missed the time to make it up.

Accept, Citoyenne, my best wishes for the new year, let it be soft for you. I'll be sure to pass your hello to my friends et my relations, except Desmoulins; sorry, it's not in my power now.

Best regards,

Maximilien Robespierre