Danton
       

       
         
         

Stéphane

      Citoyen,

Fallait-il décapiter Danton? Pourquoi? Lui avez-vous donné une dernière chance, comme on le raconte, chez vous, peu avant le billot?

En espérant qu'on ne reverra pas la guillotine de sitôt...

Stéphane
          


 

 Robespierre

      Citoyen,

Adressez votre question au Tribunal révolutionnaire, car à lui seul appartient le droit de condamner ou d'acquitter un accusé. Je ne cherche aucunement à usurper ses prérogatives. Si le Tribunal s'est prononcé en défaveur de Danton et de ses complices, c'est qu'il les a considérés coupables du crime contre-révolutionnaire. Sauf erreur ou omission de ma part, cette décision n'a jamais été ni révoquée politiquement, ni contestée juridiquement.

Adressez votre question à la Convention nationale qui a traduit Danton devant le Tribunal. Pour ma part, en tant que représentant du peuple, je réponds qu'un chef habile d'une faction à la solde de l'étranger réclamant la clémence pour les ennemis de la patrie et visant à leur offrir une amnistie fatale pour la liberté, doit rendre comptes pour ses agissements. Quand une faction aspire à étouffer la patrie entre ses crimes, il n'y a pas à balancer entre quelques ambitieux hypocrites, une idole depuis longtemps putride et les intérêts du peuple français. Pour les crimes contre-révolutionnaires, les crimes contre la patrie, une seule sentence est à prononcer: la mort. Nous ne devons rien d'autre aux ennemis du peuple, ni aux traîtres. 

Combien de temps, citoyen, va-t-on s'attendrir sur le sort des ennemis? Personne n'osera défendre Danton et ses complices. Ô! Nous n'étions point trop sévères, j'en atteste la république qui peut désormais respirer tranquille.

On cherchait à m'attendrir, moi aussi. On cherchait à m'inspirer des terreurs. Les amis de Danton m'écrivaient, me fatiguaient avec leurs discours, me rappelant mon ancienne sympathie ou me soufflant que Danton me serve de bouclier et que le renverser, ce serait de m'exposer à tous les traits de nos ennemis...

Laignelot, Humbert et d'autres se donnaient la peine d'organiser des dîners «amicaux» dont Danton faisait partie. Danton lui-même est allé jusqu'à venir pleurer chez moi. Il me prodiguait des flatteries mélangées à des menaces, pour pactiser avec moi plus facilement. Chacun juge l'homme à sa mesure... Je déclare qu'aucun de ces motifs n'a nullement effleuré mon âme, je n'en ai retiré que du dégoût. Les dangers que j'encours, ni les faiblesses humaines n'ont aucune importance, ma vie est à la patrie, et si je mourais ce serait sans reproche et sans ignominie.

Si vous me parlez de la «dernière chance», c'est que vous vous égarez, tout comme Danton. Il appartenait à lui seul de se donner cette chance en cessant d'attaquer le gouvernement révolutionnaire et de servir par cela l'aristocratie et l'étranger et en se rachetant auprès des patriotes. Il a choisi son camp, il s'est retourné contre le peuple, il s'est condamné lui-même.