Olivia
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Citoyen Barère

    Cher Citoyen Robespierre,

C'est un honneur à vous écrire, je vous admire. Je regrette que je ne parle pas très bien le français, mais je vais tenter d'écrire cette lettre. J'ai une question au sujet d'un de vos collègues.

Je me demande ce que vous pensez de votre collègue, le citoyen Barère? J'ai lu que vous travailliez ensemble, il vous a trahi à Thermidor, et à la fin de sa vie il a regretté ses actions (pas une grande consolation pour vous, mais c'est la vie). Quel sorte d'homme était-il?

Merci,

Olivia



Chère Citoyenne,

J'avais connu Barère encore à la Constituante où il avait siégé, sans pour autant être proche de lui en privé. Je savais qu'à l'Assemblée on oeuvrait souvent dans le même sens. Par la suite, on s'est rejoint à nouveau à la Convention, sans oublier qu'il était mon collègue au comité.

Difficile de donner une image juste de ce natif des Pyrénées à celui ou celle qui ne l'ai jamais côtoyé. Son air général et son ton accusent gentiment ses origines. Certes, l'homme est agile, doté du bon sens, il sait mettre en valeur son éducation, a le verbe facile et sa conversation est bien agréable et attachante.

Néanmoins, son érudition en histoire antique ne lui suffit guère pour être à la hauteur des Romains, stoïque et inflexible. Je n'ignore point son côté girouette, ni combien de fois il avait changé de parti depuis son apparition aux États Généraux. Il se retrouve du côté du plus fort paradoxalement au bon moment, ce qui prouve certes son flair, ainsi que l'absence de principes. Il veut plaire à tous les partis et cherche toujours à raccommoder tout le monde, avec une adresse, toutefois, indéniable. Que dire d'autre? Il est vaniteux, et selon quelques informations, même enclin à la débauche. Assez de mérites, comme vous voyez, pour lui valoir sinon mon aversion, du moins ma vive réprobation. Mais dire simplement que je ne l'aime pas, ne suffira point pour en donner mon opinion. En effet, je ne peux oublier ni son amabilité et sa prévenance constante, ni ses douces manières et sa souplesse. Je ne suis pas dupe de ses égards et comprends bien que ses caresses, loin d'être sincères, devraient plutôt être justement qualifiés d'hypocrites, mais je ne peux nier que ce citoyen sait plaire par son urbanité et ce côté conciliateur, même en dépit de ses vices avérés.

En outre, je vous assure, Citoyenne, que votre français est plus que satisfaisant, et je vous souhaite sincèrement une bonne continuation dans sa maîtrise. J'espère que vous n'avez pas eu de difficultés à lire ma lettre, comme moi, je n'en ai eu aucune avec la vôtre.

Mes hommages, Chère Citoyenne,

Maximilien Robespierre